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Au-delà des étiquettes


Ceci est mon témoignage : il est long, personnel, empreint d’émotivité. Il m’apparaît toutefois nécessaire de dénoncer l’absurdité du système face à la santé mentale. Parce que je suis convaincue que je ne suis pas seule à endosser ses failles inacceptables. Pas seule à tenter de me reconnaître derrière les étiquettes qu’il m’accole.  

 

Ma première prescription m’a été donnée à l’aube de mes 16 ans : une altercation avec la police, un changement de garde, une difficulté d’adaptation… et la dose minimale de Prozac !

Après quelques rencontres avec une intervenante sociale, on m’inscrit sur la liste d’attente au CLSC; après quelques mois, une travailleuse sociale m’appelle. On commence une psychothérapie et on appelle l’Hôpital de Montréal pour enfants; oui, j’ai une patiente qui a besoin de rencontrer un psychiatre, oui, c’est urgent.

Dépression

Ma peine est, à ce qu’il paraît, trop grande pour que je puisse fonctionner. On tente de la mettre en attente avec un antidépresseur, on tente de me donner un outil qui permettra de me confier plus rationnellement, de me rendre plus lucide face aux sources de mon état. Je me souviens la première fois que j’ai pris ma dose, j’étais morte de rire durant une bonne vingtaine en faisant la vaisselle; merci, Prozac!

Mais ce médicament n’a pas fonctionné, et mon dysfonctionnement était toujours présent; l’ensemble des effets secondaires du médicament était assez important pour me créer une personnalité qui allait totalement à l’encontre de la personne que j’étais.

On essaie une autre pilule, le Celexa. On s’étonne de mon absence d’émotivité lorsque je me confie à ma travailleuse sociale, on en conclut que tout va bien, je ne pleure plus, on cesse les suivis avec le psychiatre, la travailleuse sociale croit que son but a été atteint.

Première session au cégep, à l’automne, je ne peux plus continuer comme ça. Je revois le même psychiatre, c’est un peu délicat, je vais être majeure dans quelque temps, il ne peut plus vraiment continuer à endosser la responsabilité de mon dossier, il signe un incomplet permanent, oui, j’ai arrêté mes médicaments, oui, je sentais que je n’étais plus la même personne, oui, j’avais peur, non, je ne comprenais pas ce qui se passait. On reprend avec le Celexa, on me souhaite bon courage, pas de suivi.

Trouble de la personnalité anxieuse

Je ne prends plus les médicaments, je retente ma chance au cégep, en Gaspésie, changement d’environnement, j’essaie de me prendre en charge, j’accumule déjà de la méfiance envers le système, je n’aime pas me sentir décentrée, déshumanisée, dénuée d’émotion lorsque je suis médicamentée, je comprends déjà alors que c’est la seule aide que je risque de recevoir de la part des médecins, je prends mes distances. Du système, et de tout.

L’automne s’annonce, je vais voir l’intervenante sociale, je ne vais encore pas bien, j’étais motivée, bien intentionnée, satisfaite de mon nouvel environnement; je deviens anxieuse, incapable de travailler, incapable de penser, bref, l’incapacité frappe encore.

Trouble de la personnalité limite

Mes multiples déménagements, mes habitudes de consommation, mes relations parentales, tout semble pointer vers un trouble de la personnalité limite, mon nouvel environnement me rend anxieuse et on tente de minimiser les dégâts d’un choix émis par une des multiples personnalités réactives qui m’ont habitée ces dernières années. L’intervenante m’amène aux urgences, le médecin comprend que je suis familière avec les médicaments, oh ma pauvre, tu n’aurais pas dû arrêter, prends ceci, tu iras mieux. Effexor.

Deux semaines plus tard, je retourne aux urgences, mais cette fois, inconsciente; après une crise d’angoisse qui a atteint des proportions inexpérimentées jusqu’alors, j’ai voulu arrêter la panique, arrêter l’angoisse, arrêter tout, et je me réveille à l’hôpital après avoir fait ma première tentative de suicide.

S’ensuit alors ma première hospitalisation; quatre jours dans une aile psychiatrique située au-dessus de la ville de Gaspé, je suis lasse, stimulée chimiquement pour me forcer à marcher, manger, boire, dormir, et j’attends impatiemment chaque heure et quart où je peux aller fumer ma cigarette allumée par une infirmière et sous les regards des autres patients qui ne comprennent pas ma présence ici.

Suicidaire

Trouble de la personnalité évitante

Trouble de l’adaptation

Je rencontre la psychiatre de Gaspé. Elle rencontre mes parents. On me donne un cocktail d’antidépresseur, de somnifère et de pilule magique à prendre en cas de panique; celle-là, c’était ma préférée.

Deuxième incomplet permanent. Je retourne à Montréal, je revois une travailleuse sociale, je recommence une thérapie, je vois un médecin en santé mentale, on se rencontre aux deux semaines; pour la première fois, je me sens écoutée, considérée et en sécurité. Je sens que je ne suis pas un rat de labo, je sens qu’on ne tente pas de me refiler à un autre professionnel, je sens qu’on s’occupe de moi. On essaie le Citalopram. Pas très fonctionnel. On suspecte alors un autre trouble :

Bipolarité de type 2

Je commence l’acide valproïque. Je me sens vraiment bien, mais surtout, je me sens moi-même; pas engourdie sous des neurotransmissions qui coupent ma sensibilité, pas de sentiment d’invulnérabilité, pas de sentiment d’incapacité, mes synapses sont satisfaites.

L’erreur : la médecin est jeune, elle n’est pas très familière avec ce genre de trouble et le médicament peut causer la stérilité si on le prescrit à des jeunes femmes au début de la vingtaine. On m’expose les risques, je ne suis pas prête à sacrifier ce genre de futur, je veux changer de médicament. Pro-gabapentain. Thymorégulateur. On croise les doigts, la médecin et moi.

Les dix séances avec ma travailleuse sociale sont passées. On me considère outillée. Les rendez-vous avec le médecin disparaissent. J’apprends à vivre avec ce médicament qui ne me fait pas grand-chose.

Cet automne : l’incapacité frappe encore. Ma déprime revient, avec toute ma peine, ma hargne et ma méfiance du système. Mon anxiété m’empêche d’accomplir ce que mon Surmoi me projette, je ne sais pas quoi faire, je me retrouve, encore une fois, aux urgences. On me donne du Seroquel, on croit que je manque de sommeil, le Seroquel ne me fait pas; on me donne des Ativan, on me souhaite bonne chance, on essaie de me faire voir le psychiatre de l’hôpital de Saint-Jérôme.

Dépression

Je rentre dans le bureau, et l’infirmière est aux côtés du psychiatre. L’infirmière me dit que nous allons commencer ensemble, elle et moi, qu’elle va me poser des questions, et que le psychiatre va prendre des notes et intervenir par la suite. J’acquiesce. Rien de nouveau.

L’infirmière me pose les mêmes questions que tous les autres qui ont eu ce rôle avant elle; je réponds avec une lassitude due à l’interminable répétition de ce genre d’intervention. Je suis déconnectée, découragée, fatiguée.

Le psychiatre prend ses messages textes durant mon témoignage, il rit un peu du contenu qu’il reçoit, ça me déstabilise, je continue de répondre aux questions, plus hésitante, encore plus méfiante. Finalement, il me pose une ou deux questions sur mon orientation sexuelle, me demande si je me sens abandonnée et me prescrit un médicament pour dormir, un autre antidépresseur, me dit de cesser mon régulateur d’humeur et me souhaite bonne chance.

Ahurie, je conteste. J’ai essayé une panoplie d’antidépresseurs et de somnifères, ça ne fonctionne pas. On suspecte un trouble de bipolarité, je trouve risqué de cesser ce médicament, même s’il ne semble pas fonctionner. Je remarque qu’il ne me donne pas de date de prochain rendez-vous; il n’y aura pas de suivi? Je souligne que la dernière fois que l’on m’a prescrit un antidépresseur aux urgences sans suivi, j’ai fait une tentative de suicide. Je lui dis que je ne suis pas à l’aise avec sa décision et qu’elle me semble dangereuse.

Il dit qu’il ne croit pas que je sois bipolaire, qu’il suit des patients qui ont été hospitalisés quatre fois pour des manies et trois fois pour des épisodes dépressifs, je ne l’impressionne pas avec ma petite hospitalisation, il croit que c’est une dépression saisonnière. Je lui réponds : parfait, mais je veux un suivi. Il me dit que ce que je demande, c’est irréaliste. Il ne peut pas me rencontrer. Je lui affirme que c’est mon droit, qu’après toutes ces années à côtoyer cette branche du système de santé, je sais pertinemment qu’il est dangereux d’attribuer un médicament de ce type-là sans suivi, surtout vu mes antécédents. Je suis littéralement en train de me prendre en charge, en train d’appliquer les règles d’éthique et de sécurité face au professionnel, à m’assurer que la patiente, moi, ne sera pas en danger. Il me rit au nez.

Le psychiatre me dit qu’il a enterré plus de patients que ce que je pourrais imaginer. Je lui réponds que je lui souhaite fortement qu’il n’aura pas à en enterrer une de plus.

Il me dit que si je veux des changements, je devrais aller voter; qu’il ne peut pas prendre tout le poids des patients en santé mentale sur ses épaules, que je suis idéaliste et que mes attentes envers lui sont irréalistes. Ce n’est pas de sa faute.

  1. Barrette, je ne peux qu’être d’accord avec lui. Ce n’est pas de sa faute.

Je pourrais faire une plainte à l’hôpital, mais je ne suis pas insatisfaite du service rendu par ce psychiatre en particulier, je ne suis seulement plus capable d’endosser l’absurdité de l’ensemble des services que j’ai reçus depuis mes 16 ans.

J’ai appelé au CLSC où la médecin en santé mentale me suivait; elle a mystérieusement disparu. Mon dossier a été fermé. À la suite de cette assignation de prescription que je considère inappropriée, je veux savoir ce que je devrais faire. Je vais m’informer sur internet et l’antidépresseur qui m’a été prescrit est déconseillé pour les patients bipolaires en épisode dépressif. Mon désir de confirmation est légitime; mon insécurité l’est davantage. Je demande au téléphone si c’est la procédure normale lorsqu’un médecin est transféré, j’essaie d’avoir davantage d’information sur la prise en charge des patients, la travailleuse sociale à laquelle je parle me dit qu’elle ne possède pas cette information. Je demande qui la possède, comment je peux communiquer avec mon médecin, je lui explique la situation, on me reproche mon manque de confiance au téléphone. Je devrais me considérer «chanceuse d’avoir vu un psychiatre». Les gens attendent deux ans pour en rencontrer un lorsqu’ils ont une référence médicale. Je devrais faire confiance à son jugement, à ses connaissances. Même si ma rencontre a manqué de professionnalisme, était teintée de jugement et de condescendance, a sûrement donné lieu à un faux diagnostic, je suis «chanceuse». Je rapporte également le fait que j’avais rédigé avec mon médecin une demande pour un psychologue, il y a de cela un an : on m’informe que malheureusement, avec le départ du médecin, la demande a été insérée dans le système un an plus tard et que je viens d’adhérer à la liste d’attente. Je suis sans mot devant cette erreur, je dis à la travailleuse sociale que c’est inacceptable, que je n’ai pas à subir les failles de leur transmission de dossier, elle dit qu’elle ne peut rien faire.

Je ne sais plus à qui m’adresser pour avoir de l’information, je sais encore moins quoi faire pour recevoir de l’aide. Je suis prisonnière d’une suite d’étiquettes qui influencent les futurs diagnostics que l’on me donne. L’étiquetage dans lequel je baigne depuis quatre ans a des répercussions sur ma vie privée, professionnelle et scolaire.

  1. Barrette, votre système ne fonctionne pas. Mon témoignage est peut-être long, mais il n’est que l’ombre de l’attente que je vis continuellement avec votre institution. Il n’est pas normal que mon dossier soit fermé, il n’est pas normal de rencontrer trois travailleuses sociales en quatre ans, quatre psychiatres et un nombre incalculable d’infirmières. Il est incroyable que j’aie dû essayer tous ces antidépresseurs et qu’on me reproche mon manque de confiance. Il n’est pas normal qu’actuellement, je sois capable d’établir moi-même le plan sur dix séances que doivent suivre vos travailleuses sociales, il est encore plus anormal que votre système me demande de m’auto-diagnostiquer et de m’auto-médicamenter à cause de l’ambiguïté du service rendu par vos professionnels.

Le psychiatre m’a demandé d’aller voter, d’aller manifester, d’aller changer les choses. Je crois que la première chose à faire est d’informer les gens de l’absurdité de votre système, souligner son incompétence, exposer ses failles inacceptables. Je ne suis sûrement pas la seule qui doit se battre pour recevoir de l’aide, j’espère que les autres victimes de la bureaucratie rigide qui sévit et qui déshumanise tout rapport entre le médecin et le patient se manifesteront également, j’espère que nous serons plus nombreux à être en colère.

Après deux incomplets permanents, je peux affirmer que votre système affecte la réussite de la prochaine génération. Avec la surprescription de médicaments et des prescriptions qui répondent non pas aux besoins du patient, mais aux contraintes de l’horaire du médecin, je peux affirmer que votre façon de faire est problématique. On ne prescrit pas un antidépresseur avec peu d’effets secondaires pour éviter que le patient soit affecté, on le prescrit parce qu’on ne peut pas faire de suivi. Vos prescriptions biaisées changent les gens, affectent leurs émotions, dérèglent leur vie amoureuse, rendent impossible leur vie professionnelle et étiquettent une proportion importante de la population d’«incapables». L’incapacité ne provient pas de la dépression, mais d’une suite de dépressions qui a, selon vos médecins, nécessité une suite de médicaments. Ce qui a provoqué une réaction complexe et insolvable chez les patients et qui va même jusqu’à modifier l’essence de leur personne.

Je ne sais toujours pas quel est mon diagnostic, je ne sais toujours pas si j’ai un quelconque problème de santé mentale, mais je sais par contre qu’après toutes ces expériences, votre système m’a bel et bien rendue folle. Et la seule étiquette que j’accepterai dorénavant de porter, c’est celle d’une citoyenne en colère.

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Quand la vie ne tient qu’à un fil…


Copyright : JPagetRFphotos

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Et si rien n’était parfait?


Photographe : Eliakym Brabant

(Critique du cahier Quand la vie ne tient qu’à un fil…)

Tout est parfait est un film paru sur nos écrans en 2008. Il est le premier long métrage du réalisateur québécois Yves Christian Fournier. Il a été scénarisé par Guillaume Vigneault.

On y  raconte l’histoire de Josh (Maxime Dumontier), un adolescent de 16 ans, qui tente de comprendre pourquoi quatre de ses amis proches, Sasha, Thomas, Alex et Simon, se sont enlevé la vie. On conclut rapidement qu’il s’agit d’un pacte de suicide, mais pourquoi Josh n’a-t-il pas été inclus? Tant de questions et si peu de réponses : aucune lettre d’explications n’a été trouvée. Pour tenter de garder une lueur d’espoir, Josh se lie d’amitié avec Mia (Chloé Bourgeois), ancienne petite amie de Sacha, ainsi qu’avec Henri (Normand D’Amour), le père de Thomas. Tout au long du film, Josh se remémore des moments de sa vie qu’il a passés avec ses amis.

Ce récit d’environ deux heures comporte de nombreux silences, ce qui rend parfois l’atmosphère lourde et assommante. Cependant, ces silences servent à exprimer la détresse que vit le personnage principal. Ce film n’a pas pour but premier d’expliquer ou d’illustrer les raisons pour lesquelles des gens se suicident, mais plutôt les impacts qu’un tel geste peut avoir sur l’entourage des victimes. Peu de films québécois parviennent à aborder le thème du suicide sans le nommer. Peu, aussi, réussissent à mélanger malaise et chagrin, autant pour ceux qui décident de mourir que pour leurs proches encore en vie.

Maxime Dumontier porte tout le poids du film sur ses épaules. Ce jeune acteur, au grand potentiel, offre un jeu aussi bien physique que psychologique. On comprend sa douleur sans qu’il prononce le moindre mot. Normand D’Amour est aussi remarquable dans le rôle d’un père anéanti par la mort de son fils. Maintenant seul, il tente de poursuivre sa petite existence, minable à première vue. Aussi, on ne peut pas passer sous silence la magnifique performance de la jeune Chloé Bourgeois, qui incarne Mia. Tout est parfait est, dans son ensemble, un film remarquable. Après son visionnement, on se sent à la fois rempli et vidé d’émotions. Ce film n’aidera pas les proches d’un suicidé à savoir comment affronter la situation, mais il permettra aux spectateurs d’observer les impacts d’un tel geste. Peu de films québécois sont  aussi directs, sensibles et honnêtes. Yves Christian Fournier et Guillaume Vigneault ont créé un long métrage à la hauteur de ce qu’est la réalité du suicide chez les jeunes.

Tout est parfait

Parution: 2008

Durée:1h50

Réalisateur: Yves Christian  Fournier

Scénariste: Guillaume Vigneault

Principaux acteurs: Maxime Dumontier, Chloé Bourgeois, Maxime Bessette

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L’importance d’un appel à l’aide…


Copyright : MitarArt

(Éditorial du cahier Quand la vie ne tient qu’à un fil…)

De nos jours, le suicide chez les jeunes demeure un sujet des plus tabous. L’adolescence est une grande période de changements et de questionnements dans la vie des jeunes et elle peut parfois s’avérer intimidante. Il faut donc toujours rester vigilant et être mieux renseigné pour pouvoir percevoir les signes avant-coureurs, qui sont probablement des signaux d’alerte. Il faut agir, mais comment? Nous nous posons tous cette question : Que puis-je donc faire pour aider à prévenir cet acte?

Les causes de suicide chez les jeunes sont multiples : une trop grande pression concernant la réussite scolaire, des raisons personnelles ou des problèmes liés à l’estime de soi. Le suicide s’avère être une des principales causes de mortalité après les accidents de la route, avec 1 103 décès enregistrés au Québec en 2008, selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Ce n’est pas tout, il faut aussi penser aux nombreuses tentatives, qui sont des appels au secours.

Nous avons tendance à penser que les dépressions surviennent uniquement chez les adultes, mais elles peuvent également atteindre les jeunes. Celles-ci peuvent parfois provoquer un sentiment oppressant et amener le jeune à penser au suicide, pour mettre fin à toute souffrance.  Le suicide est un acte impulsif pour certains, tandis que pour d’autres, le processus est déjà planifié à l’avance. Des avertissements peuvent avoir été envoyés à un ami ou un proche, mais ceux-ci sont rarement pris au sérieux. Il faut être vigilant, ce n’est pas à prendre à la légère, croyez-moi!

Cependant, étant donné que le suicide reste un sujet tabou et que les jeunes ont de la difficulté à en parler ouvertement, il faut savoir comment agir, c’est primordial ! Il est bien rare que la personne songeant à mettre fin à ses jours en parle ouvertement. C’est une situation très difficile et qui rend les gens mal à l’aise. Les jeunes ayant besoin d’aide tenteront de glisser des petits messages subtils ou n’en parleront pas du tout. Ils éprouvent souvent un sentiment de honte, de culpabilité et cela les amène à garder le silence. Il faut absolument trouver un moyen de leur venir en aide. Est-ce normal que le taux de suicide soit si élevé?

Certains peuvent penser que les adolescents ayant des pensées suicidaires cherchent à attirer l’attention, mais il faut tout de même rester à l’affût : TOUTES les menaces de suicide DOIVENT être prises au sérieux. La plupart des jeunes suicidaires portent en eux une souffrance à laquelle ils veulent mettre fin, ils ne veulent pas nécessairement mettre un terme à leur existence.

« La plupart des gens qui pensent au suicide ne sont pas résolus à mourir.
Ils ne savent pas s’ils préfèrent vivre ou mourir alors ils prennent parfois
des risques dans l’espoir que quelqu’un d’autre leur sauvera la vie. »[1]

En d’autres mots, il faut toujours se soucier des personnes de notre entourage qui présentent des changements d’attitude ou qui se sentent énormément seules. Ce n’est pas un sujet à prendre à la légère ! Quand la vie de quelqu’un est en jeu, il faut absolument en parler et ignorer toute demande de confidentialité, même si cela est très difficile, j’en conviens. La personne vous remerciera plus tard, lorsqu’elle constatera que vous avez fait cela dans le but de lui sauver la vie. Si l’on veut réellement venir en aide à un ami ou un proche qui a des pensées suicidaires, il faut savoir l’écouter attentivement ou le référer à un spécialiste qui saura mieux l’aider. Bref, soyez attentif et ne prenez jamais un appel à l’aide à la légère, vous pourriez sauver une vie…

Pour mieux comprendre ou vous aider en cas de détresse :

  • Jeunesse, J’écoute pour parler à un intervenant : 1 800 668-6868. Nous pouvons t’aider. Tu n’es pas obligé de faire face à tes problèmes seul…
  • S.O.S Suicide : Urgence 1-800-595-5580
    • Suicide-Action Montréal (24h/24h): 1-866-APPELLE (1-866-277-3553)
      ou 514 723-4000 (Montréal)

Surtout, ne restez pas seul, BRISEZ LE SILENCE !

[Une petite pensée pour une amie que j’aime énormément, qui m’a fait comprendre
que la vie ne tient qu’à un fil et qu’il faut toujours être présent pour nos proches ♥.]


[1] ASSOCIATION CANADIENNE POUR LA SANTÉ MENTALE. Le suicide chez les jeunes, Quels sont les signes?

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Un tabou mortel


Photographie : http://semaine.aqps.info/

(Reportage du cahier Quand la vie ne tient qu’à un fil…)

Ce mot, « suicide », fait peur, la plupart du temps. Eh bien ! oui, malgré notre société tout de même ouverte d’esprit, le suicide est l’un de nos plus grands tabous. Pourtant, ce devrait être le contraire. Il y a une fausse croyance qui circule selon laquelle il ne faut pas parler du suicide dans notre entourage : « Souvent, le mythe premier, c’est que plus on va en parler, plus cela va inciter quelqu’un à passer à l’acte, mais c’est tellement faux! », souligne Mylène Ouellette, intervenante psychosociale au centre de crise l’Îlot, à Laval.

« C’est beaucoup plus difficile chez les garçons d’exprimer leurs pensées suicidaires et c’est eux qui ont le plus haut taux de suicide », explique Benoît Tellier, enseignant en sociologie au Cégep de Saint-Jérôme. « Dans les grandes enquêtes sur les idées suicidaires, les femmes vont dire plus facilement qu’elles pensent au suicide, mais on sait qu’il y a quatre fois plus de garçons qui se suicident. Visiblement, le tabou est plus important chez les hommes que les femmes », conclut-il.

Une jeune étudiante du Cégep de Saint-Jérôme, qui souhaite garder l’anonymat, souligne, après avoir été confrontée aux idées suicidaires d’une amie que « c’est important d’en parler, non seulement pour sensibiliser les gens à ce problème, mais également pour leur permettre de mieux comprendre en quoi consiste le suicide. Après tout, plusieurs sont, encore aujourd’hui, incapables de comprendre que les gens suicidaires ne veulent pas mourir, mais qu’ils veulent, en fait, arrêter de souffrir. La mort n’est pas ce qu’ils désirent, c’est leur moyen d’arriver à la fin de leurs souffrances. »

On croit aussi souvent à tort que le suicide est inattendu et arrive sans avertissement, mais c’est faux. En effet, Mylène Ouellette explique qu’il y a une panoplie de signes avant-coureurs : « Souvent, la personne ne veut plus voir ses amis et elle n’est plus intéressée par ses passions. Parfois, la personne va même donner des objets auxquels elle tient et elle dira aussi des “au revoir” subtils. »  De plus, il est important que tout le monde sache que tous, autant que nous sommes, il nous est possible d’aider les gens qui nous entourent. L’étudiante au Cégep de Saint-Jérôme raconte que « parfois, les gens n’ont pas besoin de parler à des professionnels : ils ont tout simplement besoin de sentir qu’ils sont aimés, qu’ils ont quelque chose à quoi se raccrocher ». Par contre, certaines personnes peuvent ne pas se sentir à l’aise pour aider quelqu’un parce qu’elles ne savent pas comment agir, elles se sentent démunies. Dans ces cas, il y a toujours des ressources pour aider quelqu’un en difficulté. Peu importe où l’on se trouve au Québec, le numéro 1-866-APPELLE (277-3553) nous dirige vers un centre d’aide et de prévention du suicide.

Il est aussi pertinent de savoir que personne n’est à l’abri. Avoir des idées suicidaires peut arriver à tout le monde. Il est important de savoir qu’il y a des facteurs qui peuvent ébranler une personne, mais il y a également des facteurs qui peuvent soutenir la personne en détresse. Ainsi, il y a des facteurs disposants qui sont liés au vécu et à l’éducation d’une personne et peuvent la rendre plus vulnérable. Il y a ensuite des facteurs contributifs, tels que la consommation de drogues ou d’alcool, qui accentuent le niveau de risque à un moment précis. Finalement, il y a les facteurs « précipitants », par exemple une peine d’amour, qui est l’évènement qui déclenche tout. Heureusement, il y a aussi des facteurs de protection, comme les ressources d’aide et l’entourage qui, eux, réduisent l’impact des trois autres facteurs. Ainsi, une personne utilisera tous les moyens qu’elle a en sa possession pour tenter de s’en sortir. Le meilleur moyen de s’en sortir, c’est d’en parler. Pour aider quelqu’un de notre entourage, il suffit de l’écouter. Surtout, « il ne faut pas se gêner pour utiliser les vrais mots », conclut Mylène Ouellette.

 

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JOUONS À TABOO!


Dessin au pastel : Érika Dionne

(Entrevue du cahier Quand la vie ne tient qu’à un fil…)

Le suicide touche tout le monde, toujours. Ce serait faux de penser que l’on n’y sera jamais confronté d’une quelconque façon. Et malheureusement, notre réaction naturelle est souvent de nous mettre la tête dans le sable. C’est certain, « le suicide est encore tabou, on n’en parlera peut-être jamais assez », affirme Pierre-Olivier Laurin, intervenant en relation d’aide aux élèves des résidences du Cégep de Saint-Jérôme.

Il ajoute qu’une des explications de ce tabou est une certaine incompréhension envers le suicide : c’est toujours mal vu ou pris comme une sorte de maladie. « Certaines personnes pensent encore que, si les gens se suicident, c’est par manque de motivation ou par lâcheté », explique M. Laurin. Le tabou du suicide est toutefois beaucoup moins présent qu’avant, et c’est en partie à cause du retrait de la religion.

« Dans les endroits où la religion est très extrémiste, le suicide reste toujours très tabou. Au Québec, la contrainte de la religion est moins forte, le tabou disparaît donc un peu. » On pourrait, sur ce point, comparer le suicide avec la sexualité : notre société a désacralisé l’acte sexuel avec le retrait progressif de la religion. Il avoue, par contre, que « ça va prendre encore un certain temps avant qu’on parle du suicide très ouvertement ». Celui-ci révèle que, parfois, lorsqu’il organise des évènements, on lui demande d’éviter d’utiliser le mot « suicide ».

La bonne nouvelle, c’est qu’il est possible de démystifier ce tabou petit à petit. Il faut absolument expliquer aux gens ce qu’est vraiment le suicide, ce qu’il veut dire. « La population n’est pas très informée. Plusieurs ne comprennent pas que, le suicide, ce n’est pas tant une envie de mourir qu’un besoin d’arrêter de souffrir. Sauf que, comme le dit Mario Beaulieu, un intervenant au cégep de Sainte-Foy, la seule chose que le suicide ne tue pas, c’est la souffrance parce qu’elle va se transposer chez les proches du suicidé », raconte M. Laurin.

Le suicide a un impact direct sur les proches du suicidé, qu’il soit négatif ou positif. Les impacts sont aussi diversifiés que le nombre de gens qui ressentent ce choc. Il peut pousser certains à créer un organisme pour éviter que ce genre de drame ne se reproduise. Il peut aussi entraîner la mort d’autres gens qui décident que, puisque la vie du suicidé s’est arrêtée, la leur s’arrête aussi. L’impact est toujours important sur tout le monde. « Ils se demandent pourquoi ils n’ont rien vu, pourquoi ils n’ont rien fait. Ils ressentent une grande incompréhension envers ce geste, mais aussi de la culpabilité », précise Pierre-Olivier Laurin.

Selon le site de l’Association Québécoise de la Prévention du Suicide (AQPS), environ trois Québécois se suicident par jour, pour un total de 1068 suicides en 2009. Cela amène le Québec à un ratio de 13,5 suicides par 100 000 habitants, c’est un des plus hauts au Canada. « Le but de tous les organismes créés pour aider les personnes qui ont des pensées suicidaires, c’est justement de faire diminuer le taux alarmant de suicides », explique l’intervenant. « Mais tous peuvent aider au moins un peu, dès le moment où ils sont à l’aise de le faire. Quand on pense que quelqu’un est peut-être suicidaire (si vous trouvez, par exemple, que votre ami s’isole beaucoup, qu’il adopte des comportements destructeurs ou qu’il se débarrasse d’objets qui ont de la valeur à ses yeux), le mieux à faire, c’est de lui parler directement et sans détour », conclut-il.

Informations complémentaires :

L’Association Québécoise de la Prévention du Suicide (AQPS) http://www.aqps.info/

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