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La fin d’un lockout…


Photographe: Josiane Cyr

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Dans l’ombre d’un lock-out, là où la réalité vient nous frapper!


Photo originale de Laurence-Isabel Beaulieu (LILB ©)

Modification de photo : Josiane Cyr

(Critique du cahier La fin d’un lockout…)

C’est choquant, informatif, mais c’est surtout un excellent moyen de nous ouvrir les yeux sur ce qui a été un des grands problèmes dans l’industrie des médias des dernières années. Dans l’ombre d’un lock-out n’est pas un simple documentaire qui laisse passer un message d’intérêt général. Il est avant tout un regard neuf et indépendant sur les enjeux auxquels étaient confrontés les employés du Journal de Montréal. Ce court métrage est réalisé par des étudiants du profil Journalisme et communications, du Cégep de Saint-Jérôme, sous le nom de production À temps perdu. L’équipe de réalisation a fait preuve d’un professionnalisme et d’une éthique de travail remarquables. Voici une oeuvre fine et intelligente qui, avec une délicatesse surprenante, nous met à la place des employés qui ont vécu une expérience qui était loin d’être agréable.

Dans l’ombre d’un lock-out parle du conflit entre Pierre Karl Péladeau et le Journal de Montréal. Quebecor utilise comme prétexte la venue des médias sur le Web pour mettre à la rue ses employés des bureaux de Montréal. Il ne garde que les cadres qui ont pour tâche de tenir le fort le temps d’arriver à la ratification d’une convention collective entraînant de grandes coupures. On retrouve une entrevue d’une ex-employée du journal qui livre un témoignage éclairant et surtout émouvant. Cette situation délicate touche non seulement les employés du Journal de Montréal mais aussi toute la communauté des journalistes, que ce soit au Devoir ou à La Presse. Yves Boisvert, chroniqueur à La Presse, fait part de sa vision des enjeux, grâce à quelques apparitions qui nous font comprendre toute la gravité de la situation. En parlant de l’offre rejetée à l’automne, qui exigeait la fermeture de Rue Frontenac et une clause de non-concurrence ne permettant pas aux employés non repris d’aller travailler à La Presse, Yves Boisvert souligne « [qu’] il y a quelque chose d’un peu mesquin dans ces exigences-là». Ces employés de Quebecor, qui n’ont jamais voulu quitter leur emploi, ne pourront peut-être jamais retourner à ce travail.

Pourtant, ce n’est pas la fougue qui manque aux quelques 250 employés en lockout. Ils ont cette passion de l’écriture et veulent continuer à la transmettre. La solution? Ruefrontenac.com. On apprend à travers le documentaire que c’est de cette façon que les lockoutés ripostent à Quebecor en créant le journal des lockoutés: d’abord sur le Web et également, à partir d’octobre 2010, sous forme d’hebdomadaire imprimé. Ils continuent à écrire en faisant un travail journalistique sérieux, tout en donnant leur opinion sur cette situation, au moyen de ce nouveau journal qui tente de se faire connaître. Malgré cela, ce documentaire souligne l’absurdité de cette situation et le peu de valeurs que le lectorat du Journal de Montréal semble accorder au travail journalistique, « puisque 130 annonceurs continuent de publier dans un journal qui pourtant devrait être boycotté ». Et le documentaire de poursuivre en nous posant des questions qui touchent directement le cœur de la responsabilité civique et de la conscience sociale : « Mais pourquoi les gens le lisent-ils toujours ? C’est peut-être parce que la population n’est pas assez bien informée sur le sujet ? Ou est-ce tout simplement par habitude ? » On ne peut qu’être frappé par ces questions et ce paradoxe du journal créé sans journalistes, surtout lorsque le documentaire nous apprend que, selon l’agence Nad Bank, le tirage du Journal de Montréal a même augmenté de 3.3 % depuis le lockout…

Dans l’ombre d’un lock-out, premier documentaire des productions À temps perdu, présente une vision du problème très terre à terre, avec d’excellentes entrevues, un tournage de qualité même si l’équipe de production n’en est qu’à ses débuts. La facette émouvante du documentaire permet de constater avec quel professionnalisme et humanisme ce documentaire a été créé. Avis à vous qui êtes fatigués de cette convergence et de tout ce silence concernant Quebecor et sa poigne de fer,  voici une oeuvre qui ouvre le chemin à une nouvelle interprétation des faits.

Dans l’ombre d’un lock-out

Productions À temps Perdu (2010)

Équipe de réalisation : Charlène Bouffard-Demers, Eliakym Brabant, Bianca Galimi, Julie Laberge, Nicolas Michaël Lemay-Fiola, Geneviève Lussier et Catherine R. Lapointe

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Les fins heureuses n’arrivent que dans les contes de fées!


Photographe: Josiane Cyr

(Chronique du cahier La fin d’un lockout…)

C’est alors que le méchant loup, « Quebecor », proposa une offre « supposément » alléchante et les petits cochons, voulant à tout prix reprendre le cours de leur vie, acceptèrent l’offre du méchant loup. Depuis quand le méchant gagne-t-il dans les histoires et les contes de fées? J’oubliais, nous sommes dans la réalité. Le conflit du Journal de Montréal – opposant les 227 employés restant des 253 lockoutés à Quebecor –  se termine. Après 764 jours, une offre est acceptée. Une soixantaine de personnes pourront retrouver leur travail.

C’est le moment où tout le monde, à part le méchant loup, repart vers un nouvel univers plutôt incertain. L’avenir de Rue Frontenac n’est pas coulé dans le béton. Plusieurs partent, d’autres prennent leur retraite. Quoi qu’il en soit, ils sont nombreux à s’inquiéter de l’avenir. Ceux qui retournent au  Journal de Montréal ne savent pas trop à quoi s’attendre. Se battre contre la convergence ainsi que contre l’un des tout-puissants des médias n’a pas été du gâteau. La solidarité et l’appui n’ont peut-être pas toujours été assez présents. Bien des individus ont continué à lire et à acheter le Journal de Montréal lors du conflit.

Le journal a même augmenté ses ventes pendant cette période! C’est peut-être parce que plusieurs n’étaient pas au courant de ce qui se passait? J’avoue que TVA n’en parlait pas beaucoup lors des bulletins de nouvelles! Somme toute, ils auront essayé. Peut-être pas assez fort, pas assez longtemps, mais ils auront essayé. Après la pluie, le beau temps, non? Alors, après la pluie, quelques éclaircies? Tout de même, le plus décevant dans tout cela c’est que rien n’a vraiment changé. Après tant de manifestations pour arrêter la convergence des médias, préserver et sauver les professions de photographe et de journaliste, personne n’a été capable de tenir tête au grand méchant loup. Fait-il si peur? Il me semble que ce n’est pas la peur qui est en cause, mais plutôt le fait que le méchant loup a beaucoup de pouvoirs financiers et d’appuis politiques. Il a le pouvoir de régner et de diriger à sa manière, à son avantage. Afin de conclure cette bataille, le gouvernement aurait dû intervenir. Le gouvernement demeure le mieux placé pour trouver une solution, une entente. Il aurait pu trouver quelque chose de mieux que la proposition finale. Quelque chose de meilleure que de reprendre une soixantaine de personnes au journal ainsi qu’abandonner la clause de non-concurrence. Faire en sorte que la Caisse de dépôt et placement du Québec fasse pression sur Quebecor aurait été bien plus approprié.

Quebecor est un joueur économique important dans notre société et la Caisse de dépôt lui a fourni beaucoup de billes pour acheter Vidéotron! Ce n’était pas seulement les employés qui étaient en lockout qui étaient ainsi touchés, mais bien le Québec en entier. Cela ne concernait-il pas assez de gens pour que le gouvernement intervienne plus sérieusement? L’aide qu’aurait dû donner le gouvernement aurait été le meilleur exemple pour montrer que, pour une fois, les plus effrayants et les plus grands devront cesser de manger les plus petits et les plus nombreux. Cela aurait permis de réduire l’impact du monstre que cette administration a contribué à créer. Toutefois, aux règles justes du jeu, le gouvernement préfère le jeu du plus fort et, bien sûr, il préfère avoir un bel et grand aréna pour sa prochaine équipe de hockey, à Québec…

Comment croire à une belle fin où tout s’arrange pour les plus faibles? On s’attaque au plus grand, à celui qui veut TOUT contrôler et dominer: non, je ne parle pas de Dieu, mais bien de l’Empire Quebecor. Pour ma part, je pense que malheureusement cette guerre était vouée à l’échec. Tout semblait être préparé du côté du grand et puissant méchant loup qui avait déjà bien planifié son plan d’attaque. Le fait de se retirer du Conseil de presse du Québec, qui consiste à défendre la liberté de presse et le droit des gens de recevoir de l’information de qualité, ou la création de QMI, outil habile d’évitement de la loi désuète du code du travail, sont autant de stratégies qui illustrent bien à quel point Quebecor veut diriger à sa manière; et personne ne semble pouvoir l’en empêcher.

Maintenant, que pourrions-nous espérer de plus? Que le méchant loup perde son pouvoir et qu’ainsi les petits cochons vivent heureux jusqu’à la fin des temps? Si seulement cela était possible! De plus en plus, Quebecor détient un immense pouvoir en ce qui concerne le contrôle des médias et de l’information. Ce n’est certainement pas demain que tout changera… Attendez de voir l’entrée en ondes de Sun TV News, le 18 avril prochain. Le grand méchant loup va continuer de souffler, souffler et ébranler les fondements de l’information jusqu’à ce que…

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Le conflit est-il réellement réglé?


Photographe: Nicolas Michaël Lemay-Fiola

(Éditorial du cahier La fin d’un lockout…)

En 2009, Pierre Karl Péladeau a décrété un lockout pernicieux au Journal de Montréal. Ce n’est pas son premier, pas son deuxième, on parle ici du quatorzième lockout en 14 ans! C’est vraiment le « roi des conflits »! 253 employés syndiqués se sont retrouvés à la rue pour une durée d’environ deux ans. Qui aurait pu imaginer que le Journal de Montréal allait même faire du profit et acquérir de nouveaux lecteurs durant ce désaccord? C’est scandaleux!

Il faut que ça cesse, car Pierre Karl Péladeau a vécu dans les lockouts et ce n’est certainement pas son dernier. Le conflit a débuté le 24 janvier 2009, et les journalistes préparaient déjà une contre-attaque avec le lancement de Ruefrontenac.com, pour démontrer au patron qu’ils étaient capables de travailler. Ce site Internet d’information a été un point de départ pour certains journalistes qui souhaitaient continuer d’exercer leur profession.

Selon moi, la direction de Quebecor s’est mise à dos les journalistes au profit de l’agence de presse QMI. Bien sûr, à l’automne 2008, la création de celle-ci  avait eu lieu en prévision du futur lockout. Cette agence lui a permis de sortir scrupuleusement son Journal de Montréal pendant les deux ans de lockout. Il a donc été possible pour les cadres de se procurer des articles de toutes les filiales de l’entreprise afin de remplir le quotidien. La source du texte n’a plus aucune importance, tant que le journal peut se vendre! Est-ce là la vision du journalisme de Pierre Karl Péladeau? La qualité de l’information y est considérablement réduite. Quand on y pense, c’est dommage de voir qu’une grande majorité des lecteurs ne s’en sont pas aperçu.

J’appuie ces journalistes qui ont refusé une offre en octobre dernier à 89,3 pour cent. L’évidence qu’elle était inacceptable saute aux yeux. C’est totalement absurde de demander la fermeture de Ruefrontenac.com, l’interdiction de travailler pour La Presse ou Cyberpresse ou de créer d’autres quotidiens indépendants dans la région de Montréal, et ce, même pour une période de six mois. Pourtant, quatre mois plus tard, c’est à contrecoeur que les lockoutés ont accepté l’offre patronale, du 26 février dernier, à 64,1 pour cent. De cette offre, ils ont gagné légèrement plus qu’à l’automne: Quebecor a, entre autres, décidé de retirer son exigence de fermeture du  Ruefrontenac.com et il abandonne l’idée d’une règle de non-concurrence.

Un conflit qui a perduré aussi longtemps que celui-là ne peut se régler du jour au lendemain: c’est un deuil qui est difficile à faire. Le conflit faisait rage depuis plus de deux ans lorsqu’en février il a finalement été réglé, mais l’est-il vraiment? Après tout, ce ne sera qu’à partir de ce lundi 11 avril que les lockoutés pourront réintégrer le journal. La majorité des journalistes qui se sont retrouvés à la rue le seront toujours. Ils ne peuvent ou ne veulent pas tous retourner au Journal de Montréal et je les comprends. C’est dommage de voir à quel point la vie de ces journalistes a été bafouée par ce lockout. La qualité de l’information tend à diminuer chez Quebecor  et les journalistes ne sont pas à blâmer dans toute cette histoire. En comparant le Journal de Montréal et la version papier du Ruefrontenac, cela saute aux yeux!

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Une fin décevante pour le lockout


Photographe: Bianca Galimi

(Reportage du cahier La fin d’un lockout…)

Un lockout qui a mis 253 travailleurs à la rue et qui a duré 764 jours se termine. La dernière offre de Quebecor n’était pas plus acceptable que celle d’octobre. Pourtant, le 26 février dernier, elle a été votée à 64.1% par les employés du Journal de Montréal. Certains étaient soulagés, d’autres déçus, fâchés et tristes. L’entente, que les syndiqués ont acceptée, inclut le retour de 62.5 employés, 20 millions de dollars en prime de séparation et des ponts vers la retraite. Les dirigeants de Quebecor ont cependant enlevé la clause de non-concurrence et ils ne forceront pas la fermeture du Rue Frontenac.

Le journal qu’ont fondé les lockoutés, le Rue Frontenac, leur a permis de continuer à pratiquer leur métier et ils ont survécu  grâce à leurs fonds syndicaux. « Même si on n’est pas payé, on fait notre job. C’est là qu’on sait qu’on est à notre place », souligne la photographe Chantal Poirier. « Le Rue Frontenac nous a permis de travailler en équipe pour vrai! », explique la journaliste Gabrielle Duchaine. Elle mentionne aussi que le Rue Frontenac c’est vraiment un style de journalisme différent : « C’est comme un collectif! »

Lors du 26 février, une assemblée a eu lieu. C’est à ce moment que la partie patronale mettait une deuxième offre sur la table. Certains ont voté pour l’entente parce qu’ils n’étaient plus capables d’être en lockout, d’autres parce que leur retraite approche à grands pas. Ceux qui ont refusé l’offre l’ont fait parce qu’ils voulaient faire comprendre au patron qu’elle n’était pas acceptable. « Journaliste ou photographe de presse, on n’est pas à l’argent. On est des gens généreux, on est là pour une soif de justice. J’étais déçue des gens qui ont voté pour de l’argent », confie Chantal Poirier.

Le 30 mars 2011 était la journée décisive. C’était le jour où les lockoutés devaient prendre une décision importante à savoir s’ils retourneraient au journal ou pas. Il y a seulement 62.5 employés sur les 227 lockoutés, encore attachés au quotidien, qui auront une place au Journal de Montréal. La sélection est faite selon l’ancienneté des employés. Parmi les 227, certains prendront une retraite prématurée, d’autres ne remettront jamais les pieds au journal. Il y avait aussi beaucoup d’indécis. Que faire? Cette question trottait constamment dans leur tête.

C’est le cas de la photographe Chantal Poirier. Elle a hésité très longtemps. Et malgré son vote contre la proposition patronale, sa décision finale est de retourner au journal. « La photographie de presse, c’est un petit métier. Je retourne au journal dans le but de sauver ma profession », explique-t-elle. Autrement, les journalistes auraient pris leurs propres photographies à l’aide de leur BlackBerry ou iPhone. En pensant à son retour au journal, elle se dit que « c’est comme peser sur reset et recommencer ».

C’est un tout autre scénario pour ceux qui ne retournent pas au journal. Quebecor donnera 20 millions pour les indemnités de départ de 165 personnes. Pour la jeune journaliste Gabrielle Duchaine, qui est au début de sa carrière, ça n’a pas été facile. Dans sa tête, il était clair qu’elle ne retournerait pas au journal. « Je n’ai pas envie de faire carrière dans une entreprise que je ne respecte pas », affirme-t-elle. Elle avait un emploi stable et en était fière. Aujourd’hui, après avoir vécu autant d’émotions en deux ans, elle se sent « dans un rêve », comme si c’était irréel. « J’ai l’impression d’être sur le pilote automatique », précise la journaliste. Pour l’instant, elle garde l’espoir que le Rue Frontenac réussisse, mais, si ce n’est pas le cas, elle devra repartir à zéro et se mettre à la recherche d’un emploi.

La fin du lockout a été aussi émotive, sinon plus, que le début du lockout qui n’avait pas été facile pour les employés. « Un lockout c’est très lourd et très difficile », affirme Mme Poirier. « Je me suis battue contre la convergence et j’ai perdu lamentablement! », confie Mme Duchaine. Cette période de deux ans restera marquée dans la vie de ces 253 personnes. Mais quelle image des relations de travail cela donne-t-il aux futurs journalistes?  L’image de simples pions qu’un patron peut bouger à sa guise? À vous d’en juger!

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Les lockoutés contre Quebecor, David contre Goliath?


Photographe: Josiane Cyr

(Entrevue du cahier La fin d’un lockout…)

Jessica Nadeau était employée au Journal de Montréal. Elle se rendait au travail tous les matins et faisait son boulot. Dans le temps, il y a deux ans, c’était comme ça, jusqu’à ce 24 janvier 2009 où elle a reçu « une claque en pleine face ». C’est de cette façon que cette journaliste du populaire quotidien qualifie l’annonce du lockout.

Aujourd’hui, le conflit semble à première vue avoir été réglé, puisque la convention a été votée, mais « rien n’est terminé », affirme Jessica Nadeau, à la fois avec dégoût et  émotions. La journaliste est encore à fleur de peau. Les évènements passés la hantent et sont encore très présents dans sa vie.

Selon elle, le lockout est un véritable rejet de la part de son employeur, Pierre-Karl Péladeau. 253 travailleurs du Journal de Montréal se sont fait mettre à la porte du jour au lendemain, sans avertissement : « On s’est retrouvé sans rien, dans le néant, à se demander si c’était demain que la partie patronale allait déposer quelque chose d’acceptable sur la table », explique cette ex-employée du journal.

Elle dit ne pas savoir comment décrire les deux ans de lockout : « Débats devant les tribunaux, injonctions, congédiements, manifestations, boycotts et ça ne finit plus. »

« J’en ai couvert des lockouts. Je croyais comprendre ce que c’était, mais c’est seulement quand on le vit, qu’on sait vraiment ce que c’est », souligne la journaliste. Des sentiments d’amertume, de colère, de tristesse, de solidarité ne faisaient que s’amplifier de jour en jour. « Un lockout, c’est dur, ça prend de l’énergie. C’est comme se battre sans jamais savoir si on va réussir. L’instabilité, ça tue », explique l’ancienne lockoutée avec émotions.

Durant ces deux ans, il y a eu le vote en octobre dernier où les employés en lockout ont refusé l’offre à 89.3%, ce qui, selon Mme Nadeau, leur a donné un peu d’espoir. En fait, le refus de cette offre a découlé, en partie, de la proposition patronale qui exigeait la fermeture de RueFrontenac.com,  l’interdiction pour les licenciés de travailler pour La Presse ou pour Cyberpresse, ainsi que l’interdiction pour ceux-ci de créer d’autres quotidiens francophones dans la région montréalaise, pour une période de six mois.

Malheureusement, avec le temps, les gens ont commencé à trouver que le conflit devenait pénible. Plusieurs personnes avaient des obligations familiales qui les empêchaient de poursuivre la lutte, ce qui a causé un vote majoritaire de 64,1% à la dernière offre. « Je ne blâme pas les gens qui ont voté pour la convention de février dernier. Je sais qu’ils sont conscients de la convention pour laquelle ils ont voté, mais que c’est parce que, pour eux, le lockout devenait lourd », affirme avec compassion Mme Nadeau. Malgré cela, la journaliste est déçue de la décision collective : « La seule phrase qui me venait en tête, c’est  » tout ça pour ça « ! »

Elle explique que le lockout n’est pas fini contrairement à ce que les gens peuvent penser. Il y a tout le processus de retour au travail qui s’enclenche. Seulement 62.5 sur les 227 travailleurs, encore attachés au journal, peuvent retrouver leurs fonctions.

Les prochains jours seront difficiles pour ceux qui y retournent – pour des raisons budgétaires –  et pour ceux qui ne peuvent pas y retourner. « Plusieurs employés retourneront au journal avec la mort dans l’âme », dit Jessica Nadeau. « Ce n’est pas mon cas, mais pour ceux qui y retournent à contrecœur, ce sera très dur d’être copain copain avec celui qui nous a enlevé nos emplois et qui nous a remplacés pendant deux ans, sans même porter attention à nos demandes. »

Plus de 42 postes sont offerts à la rédaction par la direction de Quebecor. Pour l’instant, 23 employés retourneront au Journal de Montréal ce lundi 11 avril, dans une toute nouvelle salle de rédaction en plein cœur du Vieux-Montréal, rue Wellington.

La création du Rue Frontenac, le journal Web créé par les lockoutés, qui offre également, depuis octobre 2010 (1), une version hebdomadaire papier, a  été chose profitable. « C’est un mal pour un bien. Pour beaucoup d’entre nous, on a trouvé notre voie et notre voix. Pour nous, en fait pour moi, c’est au Rue Frontenac que je vois ma carrière », dit Jessica Nadeau, affichant un regard étincelant rempli de passion.

(1) Malheureusement, Rue Frontenac a cessé la publication de son hebdomadaire imprimé. Son dernier numéro est paru le 28 avril 2011 (NDLR).

http://www.ruefrontenac.com/nouvelles-generales/55-enjeux/37157-rue-frontenac-hebdo

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Non, mais je rêve?


Fatiguée d’une journée de travail et d’une semaine d’école, je m’assois sur le sofa avec un bon bol de pop-corn, un bon verre de coke et j’écoute une bonne vieille game du Canadien. Ils se lancent la puck sans arrêt : un but n’attend pas l’autre pour les deux équipes qui s’affrontent en ce fameux 26 février 2011. Comme d’habitude, les dernières minutes de la troisième période sont assez intenses. Alors que je suis concentrée et que je me demande si on comptera le but gagnant, les Hurricanes font un dégagement laissant quelques secondes aux commentateurs pour placer un mot. Dans ma bulle de partisane, j’attends le but gagnant et je ne porte ­­­­pas attention à leurs commentaires, jusqu’à la seconde où je crois entendre que les lock-outés du Journal de Montréal ont conclu une entente avec Quebecor.

Là, je me suis dis, ça y est, je rêve. Eh bien, non, je ne rêvais pas. Après vérifications, la nouvelle était bien vraie. Ce n’était pas un rêve. En effet, depuis le 24 janvier 2009, les 253 employés du Journal de Montréal se sont retrouvés dans une situation pitoyable. Il semblait impossible de pouvoir négocier sans devoir se soumettre au patron. Bref, tous, sans emplois, ils ont dû travailler d’arrache-pied afin de continuer à nourrir leurs familles. C’est grâce à une passion démesurée pour le journalisme, une soif d’informer la population, ainsi que leurs  fonds syndicaux, qu’ils ont pu créer un nouveau journal Web, Rue Frontenac. Quelques mois plus tard, la version Internet a été  secondée par une version papier hebdomadaire. Le lock-out continuait, les négociations étaient plus que cahoteuses, mais la passion d’écrire des journalistes était inconditionnelle.

C’est samedi 26 février 2011, à 20h15, que le verdict a été rendu. L’offre de Quebecor a été acceptée par les syndiqués du journal à 64.1 %. C’est un accord bien faible de la nouvelle convention collective. Ce n’est pas une victoire flamboyante comme le refus à 89.3 % des syndiqués de la proposition patronale, au mois d’octobre dernier.

Les clauses de l’entente ne sont pas entièrement diffusées. On sait que Quebecor reprendra à son emploi 62 employés et donnera 20 millions en indemnités de départ et en bonifications de fonds de pensions. Le Rue Frontenac pourra poursuivre ses activités et, comme Le Devoir, pourrait être publié et distribué par Quebecor. Mais serait-il aussi indépendant du point de vue de la rédaction que ce quotidien? Seules les modalités du protocole de retour au travail, que Quebecor et le syndicat tenteront d’élaborer dans les prochaines semaines, nous le diront.

Je  ne peux pas vraiment imaginer comment la situation future se décidera, car depuis le dernier vote, en octobre, les demandes ont-elles véritablement changé? Ou est-ce que l’une des deux parties s’est laissé guider par la soumission à l’autre? Avec le temps, 30 % des employés du Journal de Montréal retourneront à leur ouvrage, mais auront-ils autant de plaisir qu’auparavant à exercer leur métier, ou autant qu’au Rue Frontenac? J’irais même jusqu’à me demander si certains de ceux qui auront cette possibilité y retourneront.

Si les Canadiens ont gagné 4-3 contre les Hurricanes, il me semble difficile de penser que Quebecor a gagné 1-0 contre ses employés du Journal de Montréal. Oui, peut-être d’un simple point de vue économique, mais la partie patronale pourrait dire qu’elle a fait des concessions : 62 employés plutôt que 52, comme le mentionnait l’offre d’octobre, l’abandon de la clause de non-concurrence et le retrait de la demande de fermeture de Rue Frontenac. Mais la qualité de l’information, elle, y gagnera-t-elle en bout de ligne? Ma joie de partisane des Canadiens est un peu assombrie par cette nouvelle, comme l’a dit M. Raynald Leblanc, président du Syndicat des travailleurs de l’information du Journal de Montréal (STIJM), il s’agit d’un « jour triste »,  d’un « jour de deuil ».

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