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Intégrer la vie active sans culture ?


Comme l’alternative à la formation technique qui se fait en trois ans, le gouvernement semble favoriser une « politique du travail » au travers de diplômes professionnels, plus courts.

Sujet brûlant, la formation générale est au centre de questionnements qui tentent de déterminer si elle est nécessaire pour l’éducation du « futur travailleur ».

Cette pensée se traduit à travers le témoignage de certains élèves.

« Certaines matières de la formation générale pourraient être enlevées », affirme Raphaëlle Morin, étudiante en théâtre.

Mais les étudiants ne savent peut-être pas que cette formation générale peut être considérée comme une opportunité historique. Un bref retour dans le temps nous permet de le constater.

En 1960, l’éducation, auparavant responsabilité du clergé, devient une affaire d’État alors que le Parti libéral prend le pouvoir et entreprend « la grande charte de l’éducation, un ensemble de mesures pour améliorer l’éducation et la rendre accessible à tous, sans exception » comme nous pouvons le lire sur le site larévolutiontranquille.ca. Il s’agit d’une refonte complète du système d’éducation qui donnera lieu, notamment, à la création des écoles polyvalentes et des cégeps.

Créés en 1967 pour faciliter la transition entre le secondaire et l’université, les centres collégiaux offrent les formations « techniques » et « préuniversitaires », qui ont en commun la formation générale. Les élèves étudient la littérature, la philosophie, l’anglais, qui n’étaient enseignés que dans les anciens collèges classiques dirigés par le clergé.

Les « masses » peuvent désormais avoir le droit à une éducation complète qui était auparavant réservée aux élites ecclésiastiques dans le but de former une relève pour le clergé.

Entre 1967 et 1980, les cégeps ont connu une hausse constante de fréquentation. Le nombre d’élèves passe de 14 077, répartis dans 12 établissements collégiaux, pour aboutir à 117 318 répartis dans 48 établissements collégiaux.

La formation générale en péril ?

Toutefois, la formation générale ne se retrouve pas dans certaines formations qui sont le « Diplôme d’étude professionnel » (DEP), « l’attestation aux études professionnelles » (AEP) et « l’attestation aux études collégiales » (AEC).

Ces formations sont plus courtes afin que les diplômés puissent intégrer plus rapidement le marché du travail. Mais leur durée réduite est-elle faite pour faciliter et accélérer l’insertion de l’individu dans la vie active ou pour répondre à un besoin imminent de l’État ?

« L’AEC peut être liée à un Diplôme d’Études Collégial (DEC) de référence déjà existant, auquel cas les compétences rejoindront celles du programme en place ; ou elle peut être entièrement nouvelle, auquel cas les compétences seront développées à la lumière d’une analyse de la situation de travail et de ses besoins spécifiques. » précise l’Observatoire Régional Montréalais de l’enseignement supérieur (ORMES).

L’AEC, l’AEP et le DEP ne sont pas élaborés dans le devis ministériel, mais sont construits pour répondre à des pressions économiques et industrielles. Ils sont financés par les centres professionnels, les collèges, les entreprises ou la Ville, et peuvent obtenir de l’aide financière si le gouvernement les juge fiables et utiles. Si la formation générale est retirée, c’est pour amoindrir les coûts.

« D’une certaine manière, ce genre de formation est une solution à court terme à un problème momentané. C’est pour cette raison que les cours de formation générale sont supprimés, afin de pouvoir avoir accès à la main d’œuvre le plus rapidement possible », analyse Hugo Krasnopolski, ancien étudiant au Cégep de Saint-Jérôme.

Le principe de « professionnalisation » est l’adaptation d’un état et de sa population à un marché fluctuant. La « professionnalisation » se concentre « d’abord sur l’activité elle-même, bien sûr, mais aussi sur l’individu ou le groupe qui l’exerce », constatent les professeurs-chercheurs de l’ORMES.

Ces formations professionnelles profitent d’une formation pratique, comme dans le secteur technique : l’une gagne en popularité quand l’autre en perd. Ces formations professionnelles profitent d’une publicité qui les met en valeur. (voir en haut graphique Évolution de l’Effectif total en formation professionnelle (DEP, ASP, AFP) et technique (DEC, AEC,CEC, DPEC) ensemble du Québec de 2000-2001 à 2008-2009 , source : MELS, Direction de la recherche, des statistiques et des indicateurs (DRSI), graphique DGSDF, 2010.)

En effet, un finissant de secondaire 5 peut avoir à choisir entre une « AEC – Gestion de commerce » et ou la « Technique – Gestion de commerce ». Sur papier, ces formations semblent visiblement aboutir à la pratique du même métier. Certains étudiants n’ont pas d’intérêt pour la formation générale, ont de la difficulté dans ces matières ou souhaitent simplement aller le plus vite possible vers la vie active. Ceux-ci seront donc plus prompts à choisir la formation plus courte.

Les Villes s’adaptent aux enjeux économiques, mais alimentent surtout l’État. Car chaque année sont créées des AEC qui en remplacent d’autres selon les sessions d’hiver ou d’automne. Par exemple, la formation continue de Saint-Jérôme en proposait 5 à la session d’automne 2016 et 8 en hiver 2017, seulement.

Alors, le gouvernement semble prêt à couper la culture pour les formations « pratiques ».

Les formés satisfont donc leurs envies, à condition que celles-ci demeurent dans ce que propose l’État.

Ainsi, peut-on parler d’un processus d’obtention de « main d’œuvre » ? Le Québec se trouve-il finalement si chanceux d’avoir une formation générale « populaire » ?

« Actuellement, il est ironique de constater que le Parti libéral souhaite la supprimer, alors qu’il est à l’origine de l’éducation populaire », conclut Hugo Krasnopolski.

Théo est un hipster et adore lire Vice.

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Démocratie, vis-tu?


Avec le mouvement des protestations étudiantes du printemps 2015, plusieurs interrogations ont germé dans les esprits… La démocratie – qui donne le pouvoir au peuple – est-elle réellement aux commandes du Québec?  Est-ce que l’opinion des citoyens a assez de poids? Sont-ils écoutés? Si le futur reste incertain sur ces questions, le présent semble tracer des réponses claires.

Le 1er mai dernier, lors de la journée internationale des travailleurs, des milliers de Québécois sont descendus dans les rues de Montréal pour manifester. Drapeaux à bout de bras, slogans contre l’austérité chantés haut et fort, les étudiants et les différents groupes sociaux se partageaient la place publique. Les parents marchaient avec leurs enfants, les collègues de travail discutaient de leur situation, tous suivaient la vague. L’atmosphère était plutôt festive. Toutefois, du coin de l’œil, on pouvait apercevoir l’ombre des policiers qui se tenaient à l’affut. Blindés de toute part, ceux-ci n’hésiteraient pas à actionner leurs gaz lacrymogènes en cas de résistance. Non loin de là, un journaliste et son caméraman observaient la scène sans y participer, en attendant une confrontation intéressante à filmer.

Pouvoir

-«Le gouvernement ne fait pas honneur à la démocratie car il n’écoute pas et il ne répond pas aux demandes de son peuple»

Le Québec repose sur une idéologie appelée démocratie. Selon la définition, la démocratie, c’est un système où l’ensemble des individus décident ce qu’ils veulent faire. Cependant, actuellement, on pourrait se demander s’ils possèdent réellement un pouvoir décisionnel? Selon Lauran Ayotte, enseignant de philosophie au cégep de St-Jérôme, la réponse est négative. Au contraire, M Ayotte croit que la distribution de la parole au Québec est inégale. «On s’intéresse aux discours des gens puissants, en laissant le reste du peuple sans visibilité», affirme-t-il. Ainsi, si ce ne sont pas toutes les opinions qui sont entendues, il est impossible de donner un pouvoir équilibré à chaque québécois. C’est donc le gouvernement, à lui seul, qui obtient cette disposition à guider sa population où bon lui semble.

D’après Roméo Bouchard, auteur de plusieurs ouvrages traitant sur des enjeux sociaux, la situation actuelle est inadéquate: «Nous élisons des députés tous les quatre ans, sommes représentés dans deux parlements, payons des impôts à deux gouvernements. Nous parlons, bloguons, colloquons, pétitionnons, manifestons, occupons. Mais nous ne décidons pas. D’autres le font pour nous». Son livre Constituer le Québec, publié en 2014, fait la critique d’une société mal représentée par son gouvernement. La solution d’après Bouchard : se mobiliser pour créer une «assemblée constituante», c’est-à-dire, un groupe de québécois qui décideraient ensemble des décisions importantes pour la province.

Selon Frédérique Charbonneau, une étudiante en sciences humaines internationales au cégep Marie-Victorin, «le gouvernement ne fait pas honneur à la démocratie car il n’écoute pas et il ne répond pas aux demandes de son peuple». L’opinion de Mme Charbonneau est répandue comme un virus auprès des jeunes.

Voter

-«C’est un cercle vicieux car les jeunes ne votent pas alors les politiciens ne les impliquent pas»

L’organisme L’Apathie c’est Plate, situé à Montréal, tente justement de contrer cet écart entre la politique et la jeunesse. Leur objectif n’est pas de changer le système en place, comme Roméo Bouchard, mais plutôt de mieux l’exploiter. «On aimerait améliorer les relations entre les jeunes et le gouvernement. On veut rendre le milieu de la politique plus accessible», confirme Cavan Riordan, le coordinateur de la recherche et du programme des élections pour l’Apathie c’est Plate.

«À travers le Canada, aux élections fédérales de 2011, seulement 38% des gens de 18 à 34 ans ont voté, ce qui veut dire que c’est plus de 5 millions d’entre eux qui ne l’ont pas fait», déplore Cavan Riordan. Inciter les jeunes à s’impliquer politiquement est l’un des buts premiers pour l’Apathie c’est Plate. Le vote représente pour l’organisme un moyen de s’exprimer et de pratiquer sa responsabilité citoyenne. Selon M. Riordan, «c’est un cercle vicieux car les jeunes ne votent pas alors les politiciens ne les impliquent pas». Les adultes de bas âge ne voient souvent pas l’intérêt à participer car ils ne croient pas avoir le pouvoir de changer les choses. «En Alberta, aux dernières élections, il  y a plusieurs candidats qui ont remporté avec seulement une centaine de voix, alors cela prouve qu’un vote est important et influent sur le résultat», signale Cavan Riordan. D’après lui, le potentiel de la démocratie se fait valoir en votant et non en étant indifférent.

Frédérique Charbonneau est du même avis : «L’important n’est pas seulement d’aller voter mais bien de comprendre son vote». Selon la jeune femme, l’acte de tracer un crochet sur un bout de papier est trop pris à la légère. Au lieu de critiquer la politique ou de l’ignorer, il est préférable de s’engager pour donner un sens aux élections.

Lauran Ayotte, quant à lui, s’avance vers une autre direction : «Le vote électoral est un très petit pouvoir». Si le peuple est mal représenté par son gouvernement, tout parti confondu, aller voter devient presque dérisoire. Selon le professeur, «les espèces les plus efficaces sont celles qui coopèrent le plus, comme les fourmis qui s’impliquent ensemble pour progresser. La hiérarchie est presque inexistante». L’anarchie, une organisation où il n’y a pas de chef et où personne ne peut prétendre détenir une autorité sur l’autre, montre des similarités avec ces propos. Les individus vivant dans une philosophie anarchiste sont tous égaux et ils se gèrent eux-mêmes. Le modèle gouvernemental où un parti de quelques ministres est censé représenter l’entièreté d’une population ne concorde donc pas.

«À force de me battre et de me heurter à des gouvernements qui n’écoutent rien, ne comprennent rien — ou plutôt comprennent très bien, mais ne veulent pas déplaire aux compagnies et aux lobbys qui les font élire —, j’en suis venu à penser, comme bien d’autres, qu’on perd notre temps. Qu’on n’arrivera à rien si on se contente de changer de parti ou de chef», écrit Roméo Bouchard dans son ouvrage. Cette pensée trace le portrait de quelqu’un qui est fatigué des lacunes de l’actuel système et qui préférerait le modifier plutôt que le supporter.

Révolte

-«Réparer une vitre vaut toujours moins cher que de réparer un crâne» 

«La grève est le moyen que les gens se donnent lorsqu’ils ne sont pas écoutés», prononce Lauran Ayotte. C’est justement ce qui est arrivé et ce qui arrive encore avec les étudiants qui ont manifestés dans les derniers mois. Ce mouvement est un exemple d’une mobilisation citoyenne pour revendiquer une idée sociale. La situation a créé beaucoup de controverse dans le paysage québécois.

Points forts de cette grève? M Ayotte conçoit une analogie entre le débrayage et les idées de l’un des philosophes qu’il enseigne : «Le modèle de Karl Marx est l’un des plus intéressants car il faut penser de façon collective et sociale aux problèmes pour que les individus progressent». C’est donc en se regroupant que des changements positifs peuvent arriver. Frédérique Charbonneau voit aussi du bon dans ce soulèvement : «La grève permet d’arrêter le cycle de la vie, comme l’école et le travail, pour que nous, les étudiants, soyons capables de mieux organiser notre avenir».

Points faibles de cette grève? «Les médias dramatisent la situation et présentent les étudiants comme une bande de sauvages. Pour l’avoir vécu, je sais que dans une grève il n’y a pas que de la violence et quand il y en a, elle ne vient pas juste des manifestants», témoigne Mme Charbonneau. Selon l’étudiante, les médias n’ont donc pas été fidèles à la véracité des faits dans ce mouvement en ne présentant qu’un côté de la médaille. «Tout dépend avec quelle lunette on voit la situation», reconnaît M Ayotte en précisant que «réparer une vitre vaut toujours moins cher que de réparer un crâne». Présentement, le mouvement semble s’essouffler. Toutefois Frédérique Charbonneau précise son souhait pour le futur : «La société idéale pour l’avenir est celle où les citoyens s’informent adéquatement et ont une opinion justifiée par des arguments valables et non par des préjugés, peu importe la circonstance».

Bref, il semblerait que le gouvernement, détenteur du pouvoir, ne soit pas assez représentatif de sa population. «Qu’on nous clou la bouche pour avoir parlé dans notre langue. S’il faut qu’on la boucle, j’écrirai mes mots sur les murs des banques», chante Louis-Jean Cormier dans sa chanson La Fanfare. Ces paroles sont un cri du cœur qui illustre à quel point certaines idées n’ont pas assez de visibilité dans un paysage démocratiquement politique. Cormier dénonce que le peuple n’a pas de voix dans un monde contrôlé par quelques minorités puissantes. Toutefois, d’après son message, la majorité qui n’est pas écoutée doit continuer d’essayer du mieux qu’elle en est capable, peu importe les obstacles qu’elle traverse.

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L’élection « référendaire »


 

Par Frédéric Hevey

Dans la dignité d’un scénario américain à la suite d’une tentative d’assassinat raté, Pauline Marois et son gouvernement, le Parti québécois, sont entrés au pouvoir le 4 septembre 2012, comme gouvernement minoritaire, en remplacement du Parti libéral.

Or, depuis ce jour, le Parti québécois a cherché à obtenir une majorité au parlement. En l’espace d’un an et demi, le PQ a tout mis en œuvre pour obtenir cette majorité. Tout d’abord, en juillet 2013, un certain vent de favoritisme lui a été donné par la malheureuse tragédie du Lac-Mégantic. À l’automne 2013, Mme Marois a déposé son projet de loi sur la Charte des valeurs à l’Assemblée nationale, un projet politique d’importance pour le Parti québécois. En plus d’être d’actualité, ce projet de loi a été, à mon humble avis, une stratégie politique efficace pour obtenir la faveur du public. La Charte a amené une certaine identification au peuple québécois, face à l’émergence des mœurs étrangères. Ce plan a présenté tous les ingrédients pour être un sujet de diversion par excellence lors des élections à suivre. Finalement, en février dernier, le PQ a dévoilé une entente économique favorable avec le secteur du privé au sujet de l’île d’Anticosti. Contrairement à l’entente du Plan Nord conclue par le Parti libéral, le gouvernement de Pauline Marois semble tirer profit du secteur privé et, grâce à cette entente, le Parti québécois a démontré ses compétences en matière de gouvernance économique.

À la suite de ces événements, la première ministre a jugé bon de déclarer les élections en mars derniers. La table a été mise, les cartes ont été brassées, la reine a eu entre les mains sa paire d’as.

Le Joker

Cependant, la reine a écouté son cœur souverainiste et n’a pas suivi son plan initial. Au lieu de jeter sa paire d’as, Pauline Marois a joué une carte cachée, son « Joker », c’est-à-dire le magnat controversé des communications Pierre Karl Péladeau. Par la bouche de cet invité-surprise, le mot « référendum » a refait surface.

Dès lors, la partie n’avait même pas commencé qu’elle était déjà terminée.

La première ministre Pauline Marois a dû déclarer forfait, tandis que le Parti libéral a gagné la bataille électorale. Un nouveau roi a remplacé la reine à la gouvernance. L’armée politique de Phillippe Couillard régnera désormais pour un minimum de quatre ans.

Comment le Parti québécois a pu perdre aussi facilement face à un clan politique reconnu comme étant corrompu, il y a à peine 18 mois et lourdement touché par la Commission Charbonneau? Est-ce l’effet Pierre Karl Péladeau ?

En réalité, une psychose a gagné le cœur des Québécois, celle de vivre un autre référendum. Il y a des gens qui disent qu’un parti naît par ses convictions politiques et qu’un jour, ce même parti mourra en raison de ses propres convictions politiques. Cette pensée reflète à merveille les résultats du 7 avril. En réalité, le débat de la charte n’a jamais eu lieu et s’est plutôt transformé en une « parlementerie » référendaire. En fait, les électeurs n’ont pas voté pour les promesses du Parti libéral, mais pour l’abolition du projet référendaire.

 

Source de l’image : Zorion. « Non au référendum 1995 », Wikipédia, utilisation autorisée avec mention de la source.

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Les jeunes et la politique…


Graphiste: Joanie Mercier

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Droit, devoir et action


Photographie: http://search.creativecommons.org/#, modifiée par Mélissa Lamontagne

(Entrevue du cahier Les jeunes et la politique)

Revoir le fonctionnement

« La faille la plus visible à mon sens, c’est l’idée de la représentativité », affirme Annie O’Bomsawin-Bégin en parlant de notre système politique. Pour cette enseignante de philosophie du Cégep de Saint-Jérôme, le fait que la seule fois, ou presque, où les citoyens canadiens participent à la vie politique soit lors du vote est, en soi, un problème. Cependant, si elle ne croit pas que voter soit suffisant, elle accorde tout de même énormément d’importance à ce droit. « C’est la liberté politique la plus essentielle », déclare-t-elle, sans hésitation, avant d’ajouter qu’il s’agit « d’un droit précieux qu’on doit préserver ».

« Quand on parle du droit de vote, il ne s’agit pas seulement de se présenter la journée des élections et de mettre son papier dans l’urne », rappelle-t-elle. Il faudrait, idéalement, que ce geste soit accompagné par d’autres actions et que la population soit active politiquement. En fait, elle considère qu’il « faudrait trouver un espace dans lequel les gens [pourraient] s’impliquer », où tout le monde pourrait prendre la parole et échanger des idées. Il s’agirait tout simplement d’enrichir notre système démocratique en le rendant beaucoup plus participatif. Ainsi, il s’apparenterait, en quelque sorte, au système utilisé par les Grecs à l’époque de l’Antiquité, à la différence près que tous auraient le droit de participer.

Quand participation ne rime pas avec élections

Si le taux de participation aux élections du 2 mai dernier (61,4%) est supérieur à celui de 2008 (58,8%) (1), il n’en demeure pas moins qu’une partie importante de la population n’a pas exercé son droit de vote. « Ce n’est pas tout le monde qui est conscient de l’impact qu’un vote peut avoir sur sa vie », explique O’Bomsawin-Bégin. Selon elle, bien qu’il y ait des raisons tout à fait banales pour expliquer le faible pourcentage de participation (certains individus « oublient » de voter ou affirment « ne pas avoir le temps »), la véritable problématique serait que peu de personnes considèrent que leur vote puisse faire une différence quelconque. « Ce sont des gens qui sont un peu désillusionnés par rapport à [la structure] politique », précise-t-elle.

Qui plus est, étant donné qu’au Canada, « on vit quand même dans l’abondance », il peut s’avérer difficile pour certains de voir l’importance et la pertinence d’aller voter. O’Bomsawin-Bégin établit un parallèle avec les récentes crises politiques dans le monde arabe : « Il y a une souffrance extrême derrière leur situation politique actuelle; une absence de liberté, de possibilité de s’exprimer. Alors qu’ici, à moins de parler d’extrêmes, on peut vraiment vivre comme on l’entend ». L’absolue nécessité d’apporter des changements n’est pas ressentie par la plupart, car les enjeux ne leur semblent pas particulièrement préoccupants.

L’abstention réfléchie

« Je pense que c’est tout à fait défendable », affirme l’enseignante en abordant le sujet des citoyens qui refusent de voter par principe. Pour ces individus qui choisissent consciemment de ne pas voter, la démocratie canadienne correspond à une forme d’aristocratie des temps modernes : ils refusent d’adhérer à un tel système. Malheureusement, ce geste politique n’a pas de poids, que ce soit d’un point de vue purement stratégique, ou encore, en terme d’utilité : « Cet idéal se perd à travers la masse de gens qui ne votent pas pour d’autres raisons tout à fait [triviales] », déplore O’Bomsawin-Bégin. Elle ajoute que, pour que ce geste prenne tout son sens, il faut que celui qui le fait « démontre un engagement plus profond » en effectuant des actions à caractère politique ou en partageant son opinion dans les journaux. Encore une fois, c’est par son implication que l’individu peut réellement agir, pas uniquement en choisissant un parti politique.

En Europe, l’abstention réfléchie peut être exprimée par un « vote blanc » : les électeurs déposent tout simplement une enveloppe contenant un papier vierge dans l’urne. Toutefois, seule la Suède reconnaît ce vote comme étant légitime et lui donne un statut qui lui est propre plutôt que de le classer parmi toutes les abstentions régulières et les « votes nuls » (2).

Note de l’auteure : Au moment de réaliser cette entrevue, les élections du 2 mai 2011 n’avaient pas encore eu lieu.

(1)   http://elections.radio-canada.ca/elections/federales2011/2011/05/03/046-taux-participation-election.shtml

(2)   http://www.politique.net/2010031901-abstention-vote-blanc.htm

 

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La politique parodiée!


(Critique du cahier Les jeunes et la politique)

Le spectacle des Parlementeries en était à sa sixième édition en octobre dernier. Il se veut une parodie de l’Assemblée nationale à Québec. Cette année, il met en vedette beaucoup plus de comédiens qu’à l’habitude (Luc Picard, Marcel Leboeuf, Diane Lavallée, Pauline Martin, Luc Guérin, Martin Drainville, André Robitaille) laissant moins de place aux humoristes (Laurent Paquin, Les Denis Drolet et Billy Tellier). On aurait cru que ce mélange aurait pu occasionner des ruptures radicales de tons, mais, bien qu’elles aient été présentes, ce n’est pas ce qui a nui à la représentation.

C’est à Luc Picard que revenait le rôle du premier ministre du Parti Présentement au Pouvoir (PPP), et à Laurent Paquin celui du chef du Parti Vraiment Québécois (PVQ). Les deux sont excellents dans leurs rôles respectifs, mélangeant humour cru, insultes personnelles et répliques assassines. Luc Picard incarne un premier ministre arrogant et au-dessus de tout. On se demande bien où il a pris son inspiration… Laurent Paquin est de loin le point fort du spectacle. Il est celui qui est le plus à l’aise dans son rôle et réussit à nous faire rire efficacement grâce à son type d’humour qui s’accorde bien avec le style du spectacle.

Je suis, par contre, moins certaine de la performance des Denis Drolet, qui représentaient le Bloc Brun. Je trouve que leur performance détonne avec le reste du spectacle et que leur présence n’est pas vraiment justifiée. Leur manière de faire rigoler les gens qui tient plus de la légèreté et de l’absurde n’a pas vraiment sa place dans une représentation du genre. Lorsqu’ils se mettent à parler en même temps, je trouve cela ridicule, ce n’est pas très approprié.

Billy Tellier représentant de l’aile jeunesse du parti de l’opposition est parfait dans son rôle. Il montre bien cette attitude plus branchée et techno dans ses discours. Ses solutions pour intéresser les jeunes à la politique sont littéralement tordantes. Par exemple, son idée d’inscrire les politiciens sur Facebook pour vérifier lequel est le plus populaire est amusante.

L’ensemble, pour moi, est malheureusement un peu trop long. Presque deux heures de débats et d’échanges sur la politique, cela devient un peu gazant à la longue, lorsque la politique n’est pas vraiment « notre tasse de thé ». La mise en scène un peu statique n’aide pas non plus à donner du dynamisme à la représentation.

On souhaite que la prochaine édition soit plus mordante. Peut-être que la participation d’humoristes mieux qualifiés en la matière, comme Guy Nantel, pourrait raviver l’esprit vif qui s’est un peu estompé des Parlementeries, ces dernières années. Pour les jeunes qui ne s’intéressent que très peu à la politique, le mélange avec l’humour est un premier pas vers celle-ci. Peut-être même que cela pourrait les mener à se soucier un peu plus des problèmes sociaux et des enjeux politiques qui sont présentés dans le spectacle.

Le DVD des Parlementeries est disponible depuis décembre en magasin.

Titre : Les Parlementeries (2010)
Date de parution : décembre 2010
Langue : Français
Éditeur : TVA FILMS
Collection : DVD QUÉBÉCOIS

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À qui la faute?


Photo : http://www.photo-libre.fr/activite_photo.htm, modifiée par Joanie Mercier

(Chronique du cahier Les jeunes et la politique)

Au lendemain des élections fédérales qui se sont déroulées le lundi 2 mai, les médias ont annoncé pour la première fois, en cinq ans, un gouvernement majoritaire. Les élections ont été remportées par M. Stephen Harper, chef du Parti conservateur.

Lorsque le verdict est tombé ce jour-là, ma déception fut totale. Je ne peux pas vous dire à quel point j’étais dans tous mes états. Ce qui m’a soulagée, c’est que je n’étais pas la seule à réagir de la sorte. Grâce aux réseaux sociaux, j’ai été témoin de toutes les réactions de la part des jeunes. Oui, des jeunes qui se sont bel et bien exprimés au sujet de la politique!

Ils étaient plusieurs à critiquer le fait que M. Harper ait gagné 167 sièges (39.6% des votes) pour finalement former un gouvernement majoritaire. Tous ces jeunes avaient un autre point en commun, ils étaient heureux de la montée fulgurante de la « vague orange ». J’ai compris à ce moment que les jeunes s’intéressaient plus à la politique qu’on ne pouvait le penser.

Malheureusement, les sondages ont souvent été d’avis contraire. En 2000, seulement 25% des jeunes âgés de 18 à 24 ans ont exercé leur droit de vote aux élections fédérales, contre 80% chez les plus de 58 ans et 45% chez les électeurs de 25 à 30 ans. Heureusement, aux élections fédérales de 2008, le taux de participation chez les jeunes âgés de 18 à 24 ans a augmenté, atteignant 55,9%. Peut-on vraiment blâmer les jeunes de ne pas s’intéresser à la politique? Selon M. Frédérick Gagnon, professeur de Science politique à l’Université du Québec à Montréal, c’est en partie la faute des politiciens.

Les politiciens sont complètement « déconnectés » de la réalité des jeunes d’aujourd’hui. Avez-vous remarqué que lors du débat des chefs, il n’y a pas eu un seul jeune qui a posé une question? De plus, lors de la campagne électorale, il n’a pas été mention une seule fois d’une promesse ou d’un projet pour les jeunes! Il est décourageant de constater qu’on nous accuse, nous les jeunes, de ne pas être assez impliqués en politique, alors que les chefs de partis ne prennent pas réellement la peine de nous inclure dans leurs projets. Pourquoi serait-ce à nous de faire les premiers pas? Tout bon député sait que son travail est d’aller chercher des votes et non d’attendre.

Il est aussi difficile pour les jeunes de savoir pour qui voter quand les chefs de partis sont tous âgés de plus de cinquante ans: Stephen Harper, 52 ans, Gilles Duceppe, 63 ans, Michael Ignatieff, 63 ans et Jack Layton, 60 ans. Il est clair que les jeunes ont de la difficulté à se reconnaître en l’un de ces hommes, car c’est prouvé que les gens votent pour des politiciens qui leur ressemblent. Le taux de participation chez les 18-24 ans serait probablement plus élevé si les politiciens étaient âgés de 25 à 30 ans.

Avec toutes les technologies qui ne cessent d’évoluer, le jeune des années 2000 s’intéresse de moins en moins aux « vieux » médias, tels que les journaux papier, même si les nouvelles reprises sur les réseaux sociaux viennent en majeure partie de là. Malheureusement, les politiciens n’ont pas l’air d’avoir bien compris, probablement en raison de leur âge… Ce n’est pas compliqué, pour réussir à rejoindre les jeunes, on doit s’armer d’un ordinateur et naviguer sur les réseaux sociaux. Vous allez me dire que certains politiciens comme Denis Coderre ou encore Justin Trudeau ont des comptes Twitter. En effet, ils en ont bel et bien un, mais l’utilisent-ils vraiment pour promouvoir leurs campagnes électorales ou pour motiver les jeunes à aller voter? Non, leurs comptes servent, en quelque sorte, d’agenda électronique ou de«  journal intime public »! Les techniques traditionnelles de la politique  sont démodées, les jeunes ne s’y intéressent pas. Il faut changer, c’est primordial! Alors maintenant, je vous le demande… À qui la faute?

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Si je te dis politique, tu penses à quoi?


Photographe: Joëlle Rivet

(Reportage du cahier Les jeunes et la politique…)

Si je te dis POLITIQUE, tu penses à quoi?

« Ma première idée, je dirais que c’est un groupe de gens, ces temps-ci plutôt des clowns, pour qui nous votons, en choisissant ceux qui semblent les moins fous ou les moins menteurs! »
(Marc-André Robert, 20 ans, jeune citoyen de Vaudreuil-Dorion)

Qu’on le veuille ou non, la politique est un sujet qui concerne tous les citoyens et citoyennes du Canada, tout particulièrement nous, les jeunes. Ainsi va la vie, nous serons sous peu la relève, l’avenir de notre société. Il est important de souligner que, depuis les dernières élections du 2 mai 2011, les jeunes semblent se mobiliser de plus en plus et prendre conscience de l’importance de la politique. Laurence Rivet, 15 ans, étudiante en 3e secondaire, souligne que la politique l’intéresse moins parce qu’elle ne sait pas vraiment ce que les politiciens proposent. Celle-ci suggère des cours optionnels de politique au secondaire, car ne pas être au courant du sujet lui fait perdre de l’importance, selon elle. Par contre, entre amis à l’heure du diner, la politique a été un sujet grandement discuté : « J’ai quelques amis qui sont majeurs, alors ils ont voté et nous en avons parlé à l’école. »

Pour les plus jeunes, bien qu’ils se tiennent au courant de l’actualité, la politique n’est pas un sujet central dans leur vie, loin de là. Cependant, certains ont hâte d’aller voter pour exprimer leur opinion, espérant ainsi faire une petite différence : « D’un côté, c’est nous, les jeunes, qui devrions aller voter parce que c’est notre avenir qui est en jeu! », déclare l’étudiante de 15 ans. Même chez les plus vieux, cette opinion se maintient : « Nous devrions nous y intéresser plus, sans nous faire dicter nos choix par l’opinion publique, puisque la relève, c’est nous, et que nous devrons faire des choix éclairés quant à l’avenir de notre société », mentionne Joannie Lemay, 23 ans, étudiante en Sciences humaines au Collège Montmorency.

Lorsqu’il est question de politique, certains pensent à combat, gens malhonnêtes, bullshit, sujet délicat, sujet monotone, pas grand-chose, etc., mais voter reste tout de même un devoir civique. En tant que jeune femme intéressée par le sujet, Joannie Lemay déclare : « Je crois que c’est un devoir de le faire [voter] pour avoir un gouvernement qui nous ressemble. S’il ne nous ressemble pas, et que nous sommes allés voter, ça nous donne le droit de nous plaindre. Selon moi, les gens qui ne vont pas exercer leur droit de vote n’ont rien à dire sur le gouvernement en place pour les quatre prochaines années. »

Toutefois, le blâme ne doit pas reposer que sur la relève. Oui, il y a plusieurs façons de s’informer, comme Le débat des chefs (aussi écouté par les jeunes), Internet, les bulletins de nouvelles, la boussole électorale émise par Radio-Canada, etc. Par contre, toutes ces plates-formes médiatiques ou ces ressources ne sont pas toujours connues ou prisées par la jeune société. Par exemple, plusieurs ne se sentent pas concernés ou « atteints » par une présentation comme Le débat des chefs. Mathieu Gionet, citoyen de la ville de St-Lin Laurentides et âgé de 20 ans, croit que si les politiciens accordaient plus de temps aux jeunes, ça « aiderait » beaucoup. C’est alors davantage aux chefs de partis, ou encore aux dirigeants de leur campagne, de trouver une façon d’aller chercher les jeunes, de les toucher et de les impliquer. « La politique, pour certains, est beaucoup trop monotone et compliquée pour qu’on s’attarde à ce genre de sujet, mais mettez l’information dans un groupe de musique (du style de Loco Locass) ou bien dans un discours humoristique (je pense à Jean-François Mercier avec ses ‘’sketchs’’) et hop! on la voit [la politique] d’une autre façon! », déclare Marc-André Robert.

L’aspect de l’incompréhension revient aussi beaucoup lorsqu’on questionne les jeunes par rapport à la politique. Mathieu Gionet ne cache aucunement qu’il n’est pas un expert en la matière, mais il apporte une solution intéressante au débat : « Les jeunes ne comprennent pas beaucoup la politique. Si, par exemple, il y avait un sujet politique abordé à l’école, chaque semaine, pour mieux [en] comprendre la signification, je crois que les jeunes s’intéresseraient plus à la politique. Parce  que, comme c’est parti là, dans 10 ans ça risque de ne pas être très beau. » Sans s’être consultés, il abonde dans le même sens que Laurence, l’étudiante qui voulait des cours de politique au secondaire.   Plusieurs mentionnent aussi les fausses promesses : « C’est sûr que les jeunes ne s’engagent plus vraiment, c’est beaucoup de Bullshit. Si les jeunes ne se sentaient pas manipulés par de fausses promesses, ils s’engageraient tous! », déclare Kevin Ouellet, 19 ans, lui aussi citoyen de la ville de St-Lin Laurentides.

Bref, comme le fait remarquer Joannie Lemay, à la suite de l’élection du 2 mai dernier, la vague orange du NPD nous prouve que les jeunes s’engagent de plus en plus dans la politique. Ajoutons aussi que plusieurs jeunes députés ont été élus, notamment Pierre-Luc Dusseault qui, à 19 ans, est le plus jeune député jamais élu à Ottawa.

Nous pouvons tout de même en conclure que les jeunes se dirigent tranquillement vers la bonne voie. Plus ils en parlent, plus ils se sensibiliseront eux-mêmes. Les dernières élections nous démontrent que les jeunes se réveillent peu à peu. Voilà un point positif! Les jeunes ont peut-être tardé à exercer leur droit de vote, mais même s’ils n’ont pas gagné leurs élections de 2011, cela prouve que rien n’est encore perdu.

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