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Intégrer la vie active sans culture ?


Comme l’alternative à la formation technique qui se fait en trois ans, le gouvernement semble favoriser une « politique du travail » au travers de diplômes professionnels, plus courts.

Sujet brûlant, la formation générale est au centre de questionnements qui tentent de déterminer si elle est nécessaire pour l’éducation du « futur travailleur ».

Cette pensée se traduit à travers le témoignage de certains élèves.

« Certaines matières de la formation générale pourraient être enlevées », affirme Raphaëlle Morin, étudiante en théâtre.

Mais les étudiants ne savent peut-être pas que cette formation générale peut être considérée comme une opportunité historique. Un bref retour dans le temps nous permet de le constater.

En 1960, l’éducation, auparavant responsabilité du clergé, devient une affaire d’État alors que le Parti libéral prend le pouvoir et entreprend « la grande charte de l’éducation, un ensemble de mesures pour améliorer l’éducation et la rendre accessible à tous, sans exception » comme nous pouvons le lire sur le site larévolutiontranquille.ca. Il s’agit d’une refonte complète du système d’éducation qui donnera lieu, notamment, à la création des écoles polyvalentes et des cégeps.

Créés en 1967 pour faciliter la transition entre le secondaire et l’université, les centres collégiaux offrent les formations « techniques » et « préuniversitaires », qui ont en commun la formation générale. Les élèves étudient la littérature, la philosophie, l’anglais, qui n’étaient enseignés que dans les anciens collèges classiques dirigés par le clergé.

Les « masses » peuvent désormais avoir le droit à une éducation complète qui était auparavant réservée aux élites ecclésiastiques dans le but de former une relève pour le clergé.

Entre 1967 et 1980, les cégeps ont connu une hausse constante de fréquentation. Le nombre d’élèves passe de 14 077, répartis dans 12 établissements collégiaux, pour aboutir à 117 318 répartis dans 48 établissements collégiaux.

La formation générale en péril ?

Toutefois, la formation générale ne se retrouve pas dans certaines formations qui sont le « Diplôme d’étude professionnel » (DEP), « l’attestation aux études professionnelles » (AEP) et « l’attestation aux études collégiales » (AEC).

Ces formations sont plus courtes afin que les diplômés puissent intégrer plus rapidement le marché du travail. Mais leur durée réduite est-elle faite pour faciliter et accélérer l’insertion de l’individu dans la vie active ou pour répondre à un besoin imminent de l’État ?

« L’AEC peut être liée à un Diplôme d’Études Collégial (DEC) de référence déjà existant, auquel cas les compétences rejoindront celles du programme en place ; ou elle peut être entièrement nouvelle, auquel cas les compétences seront développées à la lumière d’une analyse de la situation de travail et de ses besoins spécifiques. » précise l’Observatoire Régional Montréalais de l’enseignement supérieur (ORMES).

L’AEC, l’AEP et le DEP ne sont pas élaborés dans le devis ministériel, mais sont construits pour répondre à des pressions économiques et industrielles. Ils sont financés par les centres professionnels, les collèges, les entreprises ou la Ville, et peuvent obtenir de l’aide financière si le gouvernement les juge fiables et utiles. Si la formation générale est retirée, c’est pour amoindrir les coûts.

« D’une certaine manière, ce genre de formation est une solution à court terme à un problème momentané. C’est pour cette raison que les cours de formation générale sont supprimés, afin de pouvoir avoir accès à la main d’œuvre le plus rapidement possible », analyse Hugo Krasnopolski, ancien étudiant au Cégep de Saint-Jérôme.

Le principe de « professionnalisation » est l’adaptation d’un état et de sa population à un marché fluctuant. La « professionnalisation » se concentre « d’abord sur l’activité elle-même, bien sûr, mais aussi sur l’individu ou le groupe qui l’exerce », constatent les professeurs-chercheurs de l’ORMES.

Ces formations professionnelles profitent d’une formation pratique, comme dans le secteur technique : l’une gagne en popularité quand l’autre en perd. Ces formations professionnelles profitent d’une publicité qui les met en valeur. (voir en haut graphique Évolution de l’Effectif total en formation professionnelle (DEP, ASP, AFP) et technique (DEC, AEC,CEC, DPEC) ensemble du Québec de 2000-2001 à 2008-2009 , source : MELS, Direction de la recherche, des statistiques et des indicateurs (DRSI), graphique DGSDF, 2010.)

En effet, un finissant de secondaire 5 peut avoir à choisir entre une « AEC – Gestion de commerce » et ou la « Technique – Gestion de commerce ». Sur papier, ces formations semblent visiblement aboutir à la pratique du même métier. Certains étudiants n’ont pas d’intérêt pour la formation générale, ont de la difficulté dans ces matières ou souhaitent simplement aller le plus vite possible vers la vie active. Ceux-ci seront donc plus prompts à choisir la formation plus courte.

Les Villes s’adaptent aux enjeux économiques, mais alimentent surtout l’État. Car chaque année sont créées des AEC qui en remplacent d’autres selon les sessions d’hiver ou d’automne. Par exemple, la formation continue de Saint-Jérôme en proposait 5 à la session d’automne 2016 et 8 en hiver 2017, seulement.

Alors, le gouvernement semble prêt à couper la culture pour les formations « pratiques ».

Les formés satisfont donc leurs envies, à condition que celles-ci demeurent dans ce que propose l’État.

Ainsi, peut-on parler d’un processus d’obtention de « main d’œuvre » ? Le Québec se trouve-il finalement si chanceux d’avoir une formation générale « populaire » ?

« Actuellement, il est ironique de constater que le Parti libéral souhaite la supprimer, alors qu’il est à l’origine de l’éducation populaire », conclut Hugo Krasnopolski.

Théo est un hipster et adore lire Vice.

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Les étudiants


J’aimerais parler des étudiants.

Lesquels ? Ben voyons ! Tout le monde le sait !  Ces étudiants-là !

J’peux poursuivre ? J’aimerais donc, moi, lever mon verre «aux étudiants»

Ah oui, ces étudiants-là !

Vous me suivez maintenant.

Vous savez ceux qui font la grève !

Ceux qui se font traiter d’enfants gâtés.

Ceux qui aident leurs parents en travaillant la semaine pour joindre les deux bouts.

Ceux qui ne vivent qu’un peu de subvention, d’eau et de pain.

Ceux qui vivent de SideKicks et de vin.

Ceux qu’on aime juger facilement.

Ceux qui craquent sous la pression, et ceux qui ne savent pas pleurer.

Ceux qu’on fait taire et qui ont tant à raconter.

Ceux qui sont des enfants de société ; des enfants Ritalin aux enfants rois, en passant par ceux de la réforme. Pauvres orphelins du bien commun.

Ces étudiants qui travaillent à temps partiel au Mc Donald pour payer leurs études pour avoir un minimum d’éducation.

Ceux qu’on traite de cancres dans les médias.

Ceux qu’on traite d’osties de carrés rouges.

Ceux qu’on traite d’osties de grévistes.

Ceux des cégeps,

Ceux des universités,

Ah oui, et ceux aux adultes, faut pas les oublier !

Ceux qui sont autochtones, ceux qui sont allophones,

Ceux qui sont francophones, ceux qu’on classe dans les phones,

Ceux qui n’ont pas de fun,

Ceux qui n’ont personne,

Les geeks, les intellos, les hipsters, les bollés, les putes, les bizarres, les immigrés, les anglos, les riches, les pauvres ; ceux qui sont catégorisés, jugés, classés, prêts à consommer ;

Ceux du privé ,

Ceux du public ,

Ceux qu’on fait marcher et ceux qui marchent,

Ceux qui dorment en cours,

Ceux qui ont un bébé à nourrir entre deux cours de philo,

Ceux qui sont dans des associations,

Ceux qui font peur avec l’ASSÉ

Et ceux qui en ont assez.

Car ces étudiants en ont plus qu’assez,

Ceux de l’austérité,

Ceux qui luttent pour avoir une bonne côte R ,

Ceux qui patinent et savent pu quoi faire,

Ceux qui passent «tout juste »,

Ceux qui sont fiers d’être dans la moyenne,

Et ceux qui misent tout sur le 20% de table ronde pour se remonter.

Ceux qui sont en résidence, ceux qui viennent de l’étranger,

Ceux qui sont les boucs émissaires des chroniques d’humeur dans nos journaux.

Ceux en DEC

Ceux de la T.I.M

Ceux en DEP,

Ceux en BAC,

Ceux de la FAC,

Ceux en technique,

Ceux en formation continue,

Et ceux qui ont juste deux lettres, un B , pis un S .

Et ceux qui changent de programme

Et ceux qui se programment,

Ceux qui se font intimider.

Ceux qui se font nommer,

Ceux qui se font ignorer.

Ceux qu’on a voulu envoyer dans le Grand Nord.

Ceux qui perdent le nord.

Ceux qui ne dorment pas la nuit parce qu’ils doivent finir des travaux.

Ceux qui sont accros au café et ceux qui sont accros à l’ecstasy.

Ceux qui pédalent et ceux qui dévalent.

Ceux qui échouent et ceux qui calent.

Ceux qui fréquentent les centres d’achats ou les centres de crises.

Ceux qui vivent pour l’État et ceux qui font vivre l’État.

Ceux qui marchent dans les rues, qui assourdissent de leurs bruits de casseroles les pauvres baby-boomers réactionnaires.

Pardonnez-nous d’être si bruyants, d’être si lâches,

Pardonnez-nous d’être ceux qui tentent de changer le monde à coups d’assemblées générales sous des pluies de matraques,

Pardonnez-nous nos cernes, vertes ou rouges, nous ne voulons que survivre dans les dédales du système.

Pardonnez-nous d’être ces mêmes enfants gâtés qui vous servent votre café deux laits deux sucres, un chausson avec ça ? Pas besoin d’être si bête monsieur. Y’é 7 :00 du soir pour moi aussi, monsieur. J’ai un examen à 8 :00 demain, monsieur. Je vous l’apporte tout de suite !

Alors journalistes et gouvernements, parlez-nous de Révolution Tranquille !  Nous vous parlons de simplicité volontaire, de fin de mois et d’idéal de société !

Vous nous accusez de tuer le français, mais nous savons comment écrire austérité,

Oh oui, nous le savons.

Nous savons aussi comment écrire une dissertation partielle, et vous ?

Nous savons aussi comment écrire une demande de prêts et bourses , et vous ?

Parlez-nous de Printemps Érable ! Parlez-nous de notre argo ! Parlez-nous de comment vous étiez à notre âge !

Apostrophez-nous ! Chialez ! Et chialez encore que nous chialons trop !

Chialez contre ces étudiants !

Chialez contre nous !

Je me souviens d’être étudiant.

Je me souviens de vous, étudiants.

Oui ! Vous étiez ces étudiants.

Nous sommes ces étudiants.

Nous savons que nous ne sommes pas seuls.

Nous sommes.

Vous êtes.

Ils sont ces étudiants-là.

Et j’ai un nom en tête, un proche, un copain, un chum pour ces étudiants-là.

Je suis, tu es, il est,  sommes, vous êtes.

Sans nous, la conjugaison n’est pas complète.

Eh oui. Le Québec a besoin de ces étudiants.

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Où nous a conduit la grève étudiante?


Photographe: Noémie Thiffault

À la mi-août 2012, les cégeps et universités encore touchés par la grève étudiante étaient obligés de retourner en classe, à la suite d’une mesure de la loi bâillon (loi 12), déposée par le gouvernement sortant de Jean Charest, le 18 mai dernier. C’est ce qui a marqué la fin de la plus longue grève étudiante de l’histoire du Québec, qui a duré environ 6 mois. Cependant, qu’est-ce que les étudiants en ont tiré? Après une si longue lutte contre le gouvernement pour abolir la hausse des droits de scolarité, il convient de se demander s’ils ont atteint leur but ou s’ils ont fait tout ce chemin pour en revenir au statu quo.

Jusqu’aux élections du 4 septembre, certains se disaient que la grève étudiante était un échec, qu’elle s’était fait étouffer par un gouvernement qui n’avait aucune intention de faire des concessions. Est-ce qu’autant de citoyens auraient hurlé leur mécontentement dans les rues sans se faire entendre, sans avoir le moindre impact? Bien sûr que non! Peu importe nos convictions politiques, on ne peut nier les grands changements qu’a apportés le « printemps érable » à la société québécoise. Les associations étudiantes n’ont peut-être pas réussi à faire plier le gouvernement Charest, mais elles ont  détruit sa crédibilité auprès de beaucoup de citoyens. Son attitude bornée et méprisante envers les « carrés rouges », ainsi que la loi 12 (projet de loi 78), qui a été dénoncée, entre autres, par Amnistie internationale, lui ont sans aucun doute fait perdre de nombreux votes lors des élections.

Le 5 septembre, on a pu constater pleinement de la victoire des étudiants contre la hausse des droits de scolarité. Non seulement ils ont provoqué la défaite du gouvernement, qui les avait ignorés pendant six longs mois, et ils ont probablement joué un grand rôle également dans le retrait de Jean Charest de la vie politique, mais ils ont aussi vu la réalisation de leur but ultime. En effet, dès son entrée en fonction, Pauline Marois, la nouvelle première ministre du Québec, a annulé par décret la hausse des droits de scolarité (en attendant de faire un sommet sur cet enjeu) et la loi 12 n’a donc plus de raison d’être. Le fait que sa première action en accédant au pouvoir ait été d’annuler la hausse démontre que le nouveau gouvernement reconnait l’importance de ce problème. Après de longs mois de lutte acharnée, les étudiants ont finalement réussi à se faire entendre. Ils ont mis dehors un gouvernement qui ne leur convenait pas, et ils ont contribué à en élire un autre plus enclin à les écouter.

On entend souvent dire que les jeunes sont nombrilistes et ne se soucient pas de la politique. Ce printemps, ils ont démontré à ces gens qu’ils avaient tort. Qu’ils soient pour ou contre la hausse des droits de scolarité, verts ou rouges, les étudiants se sont levés pour exprimer leurs opinions. Ils ont fait comprendre à l’ensemble de la société québécoise qu’ils avaient un point de vue, et qu’ils étaient capables de le défendre. De plus, ils ont prouvé qu’ils étaient capables de se mêler de politique et de modeler un Québec à leur image. Le stéréotype de l’étudiant qui ne pense qu’à jouer à des jeux vidéo est mort. Le 22 mai 2012, selon la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), environ 250 000 personnes manifestaient dans les rues de Montréal. Ce n’est pas ce que j’appelle se vautrer dans notre petit confort et s’écraser devant la télé. La lutte étudiante a entrainé un incroyable brassage d’idées, une énorme mobilisation de la population. Les jeunes se sont levés pour montrer que ce n’était pas correct qu’on utilise l’argent des contribuables pour des niaiseries (financement du Plan nord au profit des grandes entreprises, route privée pour une mine de diamants, tableaux blancs interactifs dans les écoles primaires et secondaires, îlot voyageur… ), tout en leur demandant de faire « leur juste part ».

Bien que l’abolition de la hausse des droits de scolarité soit une immense victoire des associations étudiantes, je crois que c’est loin d’être la seule conséquence positive qu’ait eu la grève. Qu’on veuille l’admettre ou non, le printemps érable a ouvert les yeux de bien des gens sur les grands enjeux de notre société actuelle. Les étudiants ont attiré l’attention sur l’illusion de démocratie projetée par notre système politique et la gestion arbitraire de nos fonds publics aux profits des grandes entreprises et de l’élite économique. La lutte a dépassé la simple hausse des droits de scolarité, et elle s’est étendue à tout ce qui cloche dans notre société. La grève étudiante a permis à beaucoup de citoyens de se réveiller et de demander des comptes au gouvernement. Cependant, certains continuent à chialer que les étudiants les ont empêchés de se rendre au travail à temps avec leurs manifestations, et pestent parce que la grève monopolisait tout le temps d’antenne de leur téléjournal. Si cette crise n’a pas complètement réussi à sortir le peuple québécois du « confort et de l’indifférence », qu’est-ce que cela prendra pour y arriver?

 

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« Un peuple instruit jamais ne sera vaincu! »


Depuis maintenant un peu plus de six mois, plus de 170 000 étudiants fourmillent dans les rues en brandissant des pancartes et en scandant haut et fort des slogans contre la hausse des droits de scolarité imposée par le gouvernement Charest. Survol d’un conflit qui divise le Québec.

Récapitulons. C’est au printemps 2010, lors du  budget Bachand, que l’annonce a été faite. Sur cette décision, M. Charest et la ministre Line Beauchamp sont catégoriques, la hausse des droits de scolarité est là pour rester. Désormais, les étudiants devraient payer 325$ de plus par année d’étude à partir de l’automne 2012, et ce, pendant les cinq prochaines années, pour fréquenter les universités du Québec. En 2017, les étudiants devraient payer 3793$ par année, soit plus de 1625$ de plus que le coût actuel d’une année d’études de niveau universitaire. Les étudiants qui payaient alors 13% du coût de leurs études devront en payer près de 17%. « Nous avons notre mot à dire nous aussi, c’est notre éducation, notre avenir et notre société », indique Marie-Laurence Guay, étudiante en sciences humaines, profil comportement humain, au Collège Lionel-Groulx.

Depuis le mois de février, un mouvement de grève s’est enclenché, mouvement qui a compté plus de 160 associations universitaires et 25 associations collégiales. À son maximum, le mouvement aura compté plus de 200 000 étudiants en grève. Notons que la grève a officiellement pris fin le 7 septembre, lorsque la Faculté des Arts de l’UQÀM, dernière faculté à être en grève, a voté le retour en classe.

Le 22 mars dernier, une manifestation pacifique, désormais historique, a rassemblé plus de 200 000 indignés, étudiants, parents, grands-parents, professeurs, citoyens dans les rues de Montréal. De cette date, le printemps érable est né, mais aucune disposition de négociation avec les fédérations étudiantes n’a été prise, même si les manifestations et les activités en lien avec la grève se sont multipliées. « Nous avons voulu marcher en symbiose avec le premier ministre et sa ministre de l’éducation, mais ils sont restés derrière nous. Le gouvernement Charest a fait preuve d’une fermeture d’esprit inacceptable », explique Marie-Laurence Guay. Un mouvement « Profs contre la hausse » a même vu le jour dans les derniers mois et a offert son soutien aux étudiants en grève en participant aux manifestations et en faisant des constantes pressions sur le gouvernement Charest.

Malgré toute l’agitation et la résistance qu’a provoqué sa décision, M. Charest est resté imperturbable : « La question des droits de scolarité a fait l’objet d’un long débat au Québec depuis des années. Notre gouvernement a organisé une discussion là-dessus en prévision du budget de 2011, et les étudiants ont choisi de boycotter la discussion, malheureusement. »[1] La ministre Line Beauchamp, quant à elle, a rappelé les étudiants à l’ordre et a sommé les universités et les cégeps de donner leurs cours, que les étudiants soient présents ou non. « Il y a des étudiants qui veulent entrer et suivre leurs cours, et ils y ont droit. La loi leur donne raison »[2], expliquait la ministre. Ce à quoi les leaders étudiants tels Léo Bureau-Blouin, alors président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), ont répondu : « La directive de la ministre est irresponsable. Forcer le retour en classe des grévistes ne fera que créer des tensions potentiellement dangereuses entre les étudiants. Au lieu d’envenimer la situation, la ministre devrait se mettre en mode solution. »[3] La solution qu’elle a trouvée ? Elle a fait le choix de se retirer du conflit et de quitter la vie politique, en laissant Michelle Courchesne la remplacer dans le dossier.

À la suite d’innombrables demandes d’injonctions de la part d’étudiants qui souhaitaient le retour en classe, le gouvernement Charest agit. Le 18 mai, l’Assemblée nationale adopte la loi 12 (projet de loi 78): les étudiants qui désirent retourner en classe pourront le faire au mois d’août. Cependant, tous les gens qui souhaitent organiser des regroupements de plus de 50 personnes devront obligatoirement avertir le corps policier de « la date, l’heure, la durée, le lieu ainsi que, le cas échéant, l’itinéraire de la manifestation »[4] . Largement critiquée par de nombreuses associations telles le Barreau du Québec, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse ainsi que par la CSN, la loi spéciale a suscité beaucoup d’émotions du côté des grévistes : « La loi est un exemple extrême de judiciarisation qui tente de régler un enjeux social par la menace. On peut aisément prétendre que c’est une atteinte sérieuse aux droits des étudiantes et étudiants de défendre leurs revendications de même qu’une tentative d’orienter de force la marchandisation de l’éducation », indique François Tassé, porte-parole de l’Association générale des étudiant(e)s du Cégep de Saint-Jérôme (AGES).

Même si la question des droits de scolarité divise le Québec, nous avons assisté à une réaffirmation des valeurs québécoises et à une importante politisation de la classe étudiante : «Nous sommes le Québec, le gouvernement ne peut pas nous laisser derrière comme il le fait présentement. Le Québec devra bientôt faire un choix, celui de rester dans l’ombre d’un gouvernement despotique ou celui de se lever pour changer les choses», affirmait Marie-Laurence Guay, en mars dernier. Et bien le Québec a fait un choix : le 4 septembre dernier, le Parti Québécois a pris les rênes d’un gouvernement minoritaire et a annoncé que sa première action serait d’annuler la hausse des droits de scolarité, ainsi que la loi 12 par décret ministériel.

Par contre, certaines personnes ne considèrent pas cette annonce comme une victoire et souhaitent demeurer prudentes: « L’AGES adoptera surement  une position officielle en assemblée générale sous peu. […] C’est certainement la fin d’une étape. Nous croyons toutefois que nous devons maintenir le débat dans l’actualité aussi longtemps qu’il le faudra pour arriver à remettre en question la logique de l’utilisateur-payeur qui est évidemment applicable pour la scolarité, mais aussi dans les autres sphères qui composent le tissu social », explique François Tassé.


[1] Trop tard, selon Charest. 24 heures, 22 mars 2012.

[2] Grève étudiante : Charest et Beauchamp haussent le ton. Radio-Canada.ca, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2012/04/11/003-beauchamp-boycottage-etudiant.shtml

[3] Beauchamp réclame la reprise des cours. Canoe.ca, http://fr.canoe.ca/infos/quebeccanada/archives/2012/04/20120411-135634.html

[4] Projet de loi 78 : loi permettant aux étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu’ils fréquentent.

 

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Le Syndicat des enseignant-es appuie le mouvement étudiant


Devant l’impasse créée par le Gouvernement Charest face aux demandes des étudiantes et des étudiants, le Syndicat des enseignantes et des enseignants du cégep de Saint-Jérôme met tout son pouvoir d’influence politique au service du mouvement étudiant, qui lutte non seulement contre la hausse des droits de scolarité, mais aussi contre l’attitude de fermeture du Gouvernement.

Le Syndicat a demandé à la direction du Collège de continuer à respecter le mouvement étudiant et à féliciter son acte démocratique. Cette demande a été accueillie favorablement selon la présidente par intérim du Syndicat, Isabelle Daboval.  Le Collège reconnaît que le mouvement étudiant au Cégep de Saint-Jérôme se réalise dans un climat démocratique respectueux de toutes les opinions.

La demande formulée le 12 avril 2012 lors de l’assemblée générale du Syndicat des enseignants qui a été formellement déposée à la direction du Cégep est la suivante :

« Que notre administration adopte une prise de position humaniste et socialement responsable digne de la mission première d’une institution d’enseignement : former des citoyens intellectuellement curieux et impliqués socialement, ce qui est en accord avec le plan stratégique et de réussite 2009-2014 de notre collège dont la première orientation est de “contribuer au développement de citoyens qualifiés et responsables” et de se “préoccuper des grandes questions actuelles telles que […] l’importance de l’engagement social.” Nous avons confiance en notre direction pour présenter sur la place publique ce discours qui félicite le mouvement étudiant, son acte démocratique, tout en proposant au gouvernement d’ouvrir le dialogue avec les étudiants. Nous savons notre direction responsable et soucieuse de la bonne entente qui règne, et qui doit continuer de régner, dans notre collège pendant la grève et après la grève. Nous la remercions de ne pas adopter une position de mépris envers le mouvement étudiant comme le fait présentement la direction du Collège de Valleyfield. Nous savons que notre direction ne peut prendre parti, mais nous lui savons gré, dans le cadre de sa neutralité, de bien reconnaître l’importance et la valeur de l’exercice démocratique de tous nos étudiants, qui ont tous à cœur l’éducation, comme nous tous dans ce collège. »

Le Syndicat tient à souligner que l’ensemble des enseignantes et des enseignants est habité par le souci de respecter la souveraineté de l’assemblée de l’AGES et par celui de respecter les opinions individuelles de chacun des étudiants qui forment ses classes.

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Le mouvement étudiant, entrevue Sophie Dubois et JF Quirion


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Les étudiants continueront la grève jusqu’à ce qu’ils soient entendus


Lors de l’assemblée générale (AG) du 23 mars dernier, les étudiants du Cégep de Saint-Jérôme ont choisi de poursuivre la grève, à 462 pour; et 350 contre. Les étudiants ont décidé de rester en grève jusqu’à ce que le gouvernement Charest s’entende avec les associations étudiantes, et ce, même au prix d’une session possiblement prolongée. La prochaine AG se tiendra le mercredi 4 avril à midi

La troisième AG, qui a regroupé  plus de huit cents étudiants, a laissé place au débat démocratique de qualité. Les tenants du pour, et ceux du contre ont pu s’exprimer dans un décorum empreint de respect. Parmi les interventions convaincantes, celles de l’étudiant Jean-Marc M. Muteba ont certainement touché une grande partie de l’assemblée lors de ses discours clairs et enflammés : « Il n’y a pas victoire sans sacrifice. Il est clair qu’entre la lâcheté et la détermination, nous choisissons la persévérance, l’éducation, la gratuité, la grève, la grève, la grève, vive la grève! »

Les étudiants pour la reconduction de la grève ont aussi souligné que le gouvernement Charest compte sur l’essoufflement du mouvement étudiant pour remporter la bataille. À la mezzanine, des enseignants observaient l’assemblée, appuyant par leur présence les étudiants dans leur lutte. Charles-Étienne Gill, enseignant en littérature et communication, a d’ailleurs ranimé la foule avec un discours motivant : « Vous êtes une jeune génération qui m’inspirez, vous me touchez beaucoup.  Quand je vous vois manifester comme je l’ai vu hier [22 mars], je me dis qu’une chance qu’ils ont du cœur au ventre, une chance qu’ils sont intelligents, une chance qu’ils étudient. »

La grève générale illimitée débutée depuis trois semaines se poursuivra jusqu’à ce que le gouvernement et les associations étudiantes entament des négociations. Advenant une pareille situation, une assemblée générale suivrait trois jours après le début des échanges.  Malgré que la grève se poursuive jusqu’à une date inconnue, les étudiants continueront à tenir des assemblées. La prochaine se tiendra le mercredi 4 avril à midi au gymnase. Il demeurera important pour les étudiants d’y participer, car en plus des informations sur l’actualité, il sera toujours possible de proposer à nouveau un vote sur la reconduction d’une grève. Si cela se produit le 4 avril prochain, et qu’une majorité approuve, le vote sur la reconduction se tiendrait alors à l’assemblée suivante.

Activités à surveiller

Les prochains jours seront consacrés diverses activités de conscientisation.  Ainsi, une conférence sur la hausse aura lieu le mercredi 28 mars prochain à 18h à café étudiant du Cégep de Saint-Jérôme. Aussi, les étudiants de la région sont attendus à l’événement Sensibilisons les Laurentides, le samedi 31 mars prochain devant l’église de Saint-Sauveur. Les étudiants présents auront comme objectif d’informer la population locale de l’enjeu de la grève. Pour d’autres événements, dans la région de Montréal,  http://www.bloquonslahausse.com/calendrier/

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Une manifestation historique exemplaire


Le 22 mars 2012, les étudiants ne pouvaient espérer mieux pour leur grande manifestation nationale. Lors de ce plus grand rassemblement populaire de l’histoire de Montréal, les étudiants ont été appuyés par des professeurs, des parents et même des élèves du secondaire, sans oublier que la journée a été marqué par une chaleur presque surnaturelle. Pour cet immense appel à se faire entendre, ils ont été 200 000 à crier non à la hausse de 75% des droits de scolarité.

photo Anne-Chalotte D. Lopez

Vers midi, parmi la foule qui affluait, des élèves des écoles secondaires ont commencé à affluer à la Place du Canada. Un à un, les groupes étudiants étaient accueillis en triomphe par des applaudissements et des cris de joie. Certains avaient même bravé leur direction d’école et risqué la retenue pour être de la protestation. Peu après, vers 13h, près d’une centaines d’autobus en provenance des régions et des milliers d’universitaires, de cégépiens et d’autres manifestants, ont continué d’affluer en renfort. La place du Canada était bondée de rouge.

Pendant plus de deux heures, un flot constant d’innombrables groupes d’étudiants, de syndicats, d’organismes et d’enseignants n’a cessé de venir gonfler la foule. Alors que les manifestants à la tête du mouvement déambulaient dans la rue Berri, le groupe des profs contre la hausse attendait encore à la place du Canada! Parmi ce groupe, une trentaine venait du cégep de Saint-Jérôme.

Signe indéniable d’une démocratie en santé, on entendait les cris des manifestants. Ici on scandait : « Crions plus fort, pour que personne ne nous ignore ! ». Là on répétait : « On veut étudier, on ne veut pas s’endetter ! » Ou encore : « un peuple instruit jamais ne sera vaincu ». La marée d’étudiants souhaitait être entendue dans le centre-ville de la métropole québécoise.

Aucune arrestation

Emplie d’enthousiasme, la vague d’étudiants a déambulé pendant plus de quatre heures dans les rues pour finalement aboutir dans le Vieux-Montréal. Les manifestants se sont dispersés dans le calme, sans qu’il y ait le moindre éclat de violence. La police de la Ville de Montréal rapporte que ses agents n’ont effectué aucune arrestation. On peut le dire, cette manifestation a été pacifique. Le seul mouvement de perturbation de la journée est survenu en marge de la manifestation,  lors du blocage du port de Montréal, en matinée.

Pas de doute, ce fut un 22 mars historique, auquel il est tout à fait impossible de demeurer indifférent. Du jamais vu, un triple record côté foule: en nombre, en calme, en diversité. Désormais il est clair que le mouvement étudiant s’étend et devient un réel mouvement social. Ensemble, nous pouvons changer les choses. Ça ne fait que commencer!

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Les étudiants des Laurentides font valoir leur mécontentement


Le mouvement étudiant dans les Laurentides tient à ce que le gouvernement Charest sache que la hausse des droits de scolarité suscite du mécontentement aussi dans leur région, pas seulement à Montréal.  Comme les grandes manifestations sont presque toutes organisées à Montréal, les associations étudiantes des Laurentides ont manifesté à Mont-Laurier, le 20 mars, et à Saint-Jérôme, le 12 mars dernier.

Photo: Chloé Gilbert

Lors de manifestation à Saint-Jérôme, les étudiants des trois campus du Cégep (Saint-Jérôme, Mont-Laurier, Tremblant) s’étaient réunis pour bien souligner le caractère régional de cette manifestation importante. De plus, ils étaient rejoints d’autres étudiants des Cégeps de Lionel-Groulx et de l’Assomption. La manifestation s’est très bien déroulée. L’ambiance était festive, des slogans, dénonçant la hausse prévue par le gouvernement du Québec, étaient scandés sans arrêt. Par exemple on pouvait entendre : « un peuple instruit, jamais ne sera vaincu », « so-so-so-sauvons l’éducation ».

Environ 250 personnes étaient présentes. Ce nombre est faible comparativement au nombre d’élèves inscrits dans les cégeps. Le taux de participation aurait pu être plus élevé, puisque le transport en autobus était offert. Cependant, le message est passé d’une façon calme et respectueuse.

Steven Labrecque, président de L’AGES, s’est dit très satisfait de la manière dont la manifestation s’est déroulée. « L’ambiance est festive, tout se déroule dans le calme et le respect», a précisé le président. Il a terminé en affirmant haut et fort que ce n’est qu’un début et qu’il faut continuer le combat.

Une présence policière élevée

Partout où le groupe de manifestant marchait, une dizaine de policiers suivaient ainsi que des véhicules fantômes et des auto-patrouilles. Il y avait même des policiers antiémeutes sur le terrain. Ils se sont déployés lorsque le groupe de manifestant s’est arrêté au 55 rue Castonguay. Ils sont entrés à l’intérieur afin de protéger le bâtiment, mais aucun écart de conduite ne s’est produit. Le déploiement d’autant de policiers et des policiers antiémeutes n’était assurément pas nécessaire.

En sommes, les étudiants des Laurentides ont fait valoir leur point de vue d’une façon exemplaire et ont démontré qu’il était possible de tenir une manifestation régionale avec civisme.

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Le silence du gouvernement ne peut être profitable


Le manque de communication du gouvernement Charest envers les étudiants nuit grandement à tous les partis : les étudiants sont mécontents et ils manifestent. Au lieu de chercher à comprendre pour trouver des solutions, le gouvernement libéral banalise et discrédite le mouvement étudiant.

Pièce importante sur l’échiquier, Line Beauchamp en est l’exemple flagrant. Son dernier commentaire fut que « la principale perturbation va être vécue dans la vie personnelle de l’étudiant qui choisit de boycotter ses cours. On ne peut pas boycotter ses cours et avoir son diplôme à la date prévue comme si [on]  avait  assisté  à [ses] cours. »

Le véritable enjeu est l’abolition de la hausse de 1625$

Les étudiants se battent avant tout contre la hausse des droits de scolarité. Le fait est que les étudiants n’ont pas choisi d’être en grève par plaisir Mme Beauchamp; ils savent qu’à la reprise des cours, ils devront prendre les bouchées doubles pour rattraper le retard.  Lorsque que vos seuls propos sont que les étudiants se pénalisent eux-mêmes, en faisant la grève, vous tentez de détourner l’attention des véritables enjeux de la hausse.

Les étudiants, eux, questionnent la nécessité d’une hausse par rapport aux réels besoins des universités. Mme Beauchamp, la grève générale illimitée représente beaucoup plus que les conséquences sur le plan individuel, qui ne sont aucunement l’enjeu central. La véritable conséquence de cette grève sera le recul ou non du gouvernement.

Ni la charge de travail d’après grève, ni le prolongement de la session ne devraient retenir votre attention. Ces deux enjeux sont secondaires, et ils semblent d’ailleurs peser plus dans votre balance que dans celle des étudiants.

Une image injuste des étudiants

On décrit les étudiants comme des jeunes qui ne sont pas impliqués, de plus en plus individualistes, et qui ne veulent pas faire leur juste part. Mais ce mouvement étudiant, qui touche l’ensemble de la province, est la preuve que ces affirmations sont fausses.                   

Unis par un objectif commun, ces étudiants marchent à l’encontre du gouvernement, à l’encontre du pouvoir. L’implication existe chez les étudiants, il n’y a qu’à regarder le taux de participation record au vote de grève étudiante du Cégep de Saint-Jérôme, ou encore aux milliers d’étudiants qui manifestent en grandes pompes partout au Québec. En ce moment, 180 000 étudiants ont rejoint le mouvement contre la hausse.

Les étudiants diplômés s’impliqueront dans leur communauté en offrant un service à celle-ci, et c’est de cette implication que l’on devrait tenir compte.

Ce n’est pas la démocratie d’aller à l’opposé d’une génération entière, en droit de choisir ce qui est le mieux pour elle.  Et ce n’est pas la démocratie d’ignorer en silence les demandes de discussions des associations étudiantes, ainsi que les avis émis par les experts comme l’IRIS.

Les étudiants veulent être écoutés, cela devrait être pris en considération. Expliquons-nous honnêtement. M. Charest, arrêtez de dire « ne vous en faites pas, ça va passer », car le mouvement étudiant est loin de s’essouffler.

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