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Avant que la musique n’agonise…


photo : http://www.thebugleboy.org/interviews/

Réalisé en 2006 par Andrew Shapter¹, Before the music dies est un documentaire engagé qui traite de plusieurs aspects néfastes que subit l’industrie de la musique. Bien que la musique et les informations présentes dans le film soient consacrées à l’industrie américaine, les propos illustrés se rapportent très bien à notre situation au Canada.

Ce documentaire est un hommage au frère d’Andrew, John Shapter, qui est décédé peu de temps avant que l’idée du film ne voie le jour. Malgré que ce soit son premier film, la recherche d’archives est vraiment très intéressante. Il y a beaucoup d’extraits vidéo de musique, mais ce qui caractérise davantage le documentaire, ce sont les nombreux artistes qui interviennent tout au long du documentaire. On y retrouve des gens comme Éric Clapton, Bonnie Raitt, Dave Matthews, Elvis Costello et plusieurs autres. De plus, on peut voir beaucoup de journalistes culturels, des fans de musique d’un peu partout aux États-Unis et des directeurs de studio de musique qui donnent leur opinion sur le sujet.

Ce documentaire se penche sur trois grands enjeux du domaine de la musique: l’apparence des artistes, la concentration de la diffusion des produits musicaux et le piratage. Les jeunes forment une large part du public et ils accordent beaucoup d’importance à l’apparence physique : « Stevie Wonder et Ray Charles n’auraient pas de succès aujourd’hui », affirme le saxophoniste Branford Marsalis. «  Si tu n’es pas 100% magnifique, je ne crois pas que tu puisses avoir une carrière dans ce domaine », souligne la chanteuse Bonnie Raitt. Une partie très intéressante du documentaire est lorsqu’on se retrouve en studio avec une jeune artiste américaine. Évidemment, elle est très belle, mais quand elle se met à chanter, on comprend pourquoi elle paraît si bien… Et là, on voit les monteurs en studio à l’œuvre pour ajuster sa voix et la rendre parfaite. Bien qu’on sache tous que les chanteuses chouchous de cette nouvelle génération sont parfois moins talentueuses que « les vieux de la vieille », qui avaient réussi parce que le premier critère de sélection était de bien chanter, en avoir la confirmation nous soulage.

Ensuite, le narrateur nous présente la plus grande multinationale américaine, Clear Channel Communications. Cette compagnie gère la majorité des chaines de radio aux États-Unis, au même titre qu’Astral Radio au Canada. C’est donc pour cela que ce sont les mêmes chansons qui tournent en boucle sur toutes les chaînes. Les postes de radios commerciales n’ont malheureusement pas la possibilité de faire entendre ce qu’ils veulent. Ils ont des listes de musique bien précise à faire jouer afin de garder leurs auditeurs en tout temps. « La musique peut sauver les gens, mais pas de la façon commerciale qu’elle est utilisée. C’est simplement trop. C’est de la pollution », souligne Bob Dylan.

Pour ajouter à cette situation difficile, il y a également le piratage de la musique. Des sites de téléchargement illégaux comme Napster sont mentionnés. Ce phénomène de piratage transforme à jamais l’entreprise musicale.  « Le jour où l’entreprise de la musique a changé, un de mes bons amis de BMJ music m’a dit :  » L’entreprise musicale est terminée. Laisse-moi te montrer quelque chose.  » Il a tapé www.naptser.com et il m’a dit de choisir une chanson et 2 minutes plus tard, elle était téléchargée puis il m’a dit :  » Ça y est, c’est fini  » », affirme Justin Goldberg, directeur de label.

Les nombreux extraits musicaux m’ont beaucoup rejoint, car j’ai trouvé que cela venait alléger le documentaire qui est assez dense en renseignements. Par contre, la conclusion du documentaire reste sans aucun doute mon moment préféré. L’ancienne génération de musiciens donne de judicieux conseils à la nouvelle génération d’artistes. « Il faut être différent des autres, affirme Bonnie Raitt, moi, j’ai eu un grand succès, car j’étais une des rares femmes de mon temps à jouer de la guitare. » La majorité approuve qu’il faut aimer ce que l’ont fait et être passionné pour réussir et c’est là la vraie richesse. « C’est aux fans à faire en sorte que la musique ne meure jamais…», conclu Andrew Shapter.

Mais les diffuseurs nous laisseront-ils faire nos propres choix? Nous savons que l’empire musical n’est pas à son meilleur, de plus les points abordés dans le documentaire sont, à la limite, choquants, car nous nous rendons compte que nous sommes victimes des médias. Nous n’écoutons plus la musique parce que nous l’aimons, mais parce qu’ils ont décidés que c’était ce que nous allions écouter et aimer.

Bref, un documentaire intelligent et authentique à voir pour tous les fans de vraie musique. Le seul inconvénient est que le documentaire n’est pas sous-titré, donc  la compréhension est un peu plus ardue pour ceux et celles qui ne sont pas bilingues.

Il est un peu difficile de trouver ce documentaire, mais vous pouvez écouter les 13 épisodes sur  youtube à l’adresse http://www.youtube.com/watch?v=sPZztrRWjZ8

ou vous pouvez vous le procurer en entier  pour la modique somme de 10 dollars sur  http://store.roadwingsentertainment.com/products/before-the-music-dies-download.

8.5/10

-30-

¹Réalisateur de film, photographe et écrivain américain.

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Le Rose, la nouvelle couleur de l’argent…


Vous êtes-vous déjà demandé si les collectes de fonds pour le cancer du sein étaient vraiment bénéfiques pour la société? Pink Ribbon Inc. (L’industrie du ruban rose), le nouveau documentaire engagé, réalisé par Léa Pool, désormais offert en ligne sur le site de l’Office national du film, expose des problématiques qui ne semblent pas de prime abord être alarmantes. La cinéaste nous livre un documentaire très intéressant sur l’industrie du cancer du sein. Tout au long des 128 minutes, elle réussit à soulever des interrogations générales : « Qui rafle tout ici? L’entreprise dépense-t-elle plus pour la pub de sa campagne qu’elle ne donne pour la cause? Ou se sert-elle du cancer du sein pour augmenter ses profits? » Le documentaire insiste sur le fait que l’on ne fait pas passer le bon message avec tous ces rubans roses. Aussi, il explique qu’au point où nous sommes, nous devrions penser à la prévention, plutôt que de chercher un remède contre une maladie qu’on ne comprend pas encore.

De plus, le documentaire présente de nombreux intervenants de qualité. La réalisatrice réussit à rendre son long métrage très intéressant, puisqu’elle présente les deux côtés de la médaille. Elle s’entretient d’abord avec des femmes atteintes du cancer du sein, des auteures sur le sujet ainsi que des chercheures, mais aussi avec les principaux acteurs de la collecte de fonds pour ce type de cancer. C’est quelque chose qu’on ne retrouve pas souvent dans les documentaires engagés, mais si le documentariste veut être crédible, il doit le faire. On sent que son but n’est pas de dénigrer la collecte d’argent en tant que telle, mais plutôt de dénoncer le manque d’éthique des organismes et des compagnies qui exploitent une cause dans le but d’aller chercher de l’argent.

Lorsqu’on pense au cancer du sein, l’image du petit ruban rose revient inévitablement à notre esprit. C’est d’ailleurs cela que Maricela Ochoa, atteinte du cancer du sein au stade 4, degré le plus grave de la maladie, veut dénoncer. « Je sais que ces personnes sont bien intentionnées avec leur ruban rose, mais elles ne voient qu’un ruban rose. Je veux qu’elles voient les visages, les femmes, qu’elles voient les vies, qu’elles voient des personnes qui souffrent et qui vivent avec le stade 4 du cancer du sein. Nous sommes des êtres humains en vie, pas seulement un petit ruban rose. » En effet, les gens semblent oublier que le cancer n’est pas une jolie maladie pour laquelle on marche, court, mange, achète, mais que, malheureusement, plusieurs personnes en meurent. Parfois, certains semblent oublier qu’il s’agit d’une maladie.

Tandis que le temps file, on constate que tout ce qui est dit ne semble pas être représentatif de ce qu’est vraiment le cancer du sein. Pour bien des gens, il suffit de se battre et d’être positif et tout disparaitra. On ne véhicule pas le bon message à la population. On cherche à minimiser ce qu’est vraiment le cancer du sein. « Le message, c’est que si l’on fait assez d’efforts, si l’on se force, si l’on se contente d’agir, si l’on vit avec énergie, on peut le vaincre. Alors, forcez-vous! L’ennui avec un tel message, c’est que si l’on tient ce discours, on ne peut s’empêcher de voir les personnes qui meurent comme des vaincues en quelque sorte. Elles ont perdu le combat, pourquoi? Elles n’ont peut-être pas fait assez d’efforts », commente Mme Ochoa. En plus d’être réductrice pour celles qui en sont mortes, l’opinion publique force les femmes qui sont atteintes du cancer du sein à rester positives, de bonne humeur. Elles se sentent obligées de respecter les standards établis, au risque d’avoir l’air faibles.

C’est à se demander si les présidents de campagne de financement croient vraiment qu’ils agissent dans l’intérêt des malades. Comment des gens censés récolter des fonds pour une maladie peuvent-ils s’associer avec des compagnies qui aident la propagation du cancer? Estée Lauder est, depuis 19 ans, associée avec la fondation du cancer du sein. Ces produits affichent et amassent de l’argent pour la recherche contre ce cancer. Cependant, ce qui n’est pas dit, c’est que les cosmétiques de cette fameuse compagnie sont bourrés de produits chimiques cancérigènes.

De plus, le documentaire offre un bon exemple pour comprendre comment des gens peuvent profiter d’une cause dans le domaine sportif, celui de la Ligue Nationale de Football (NFL). À tous les mois d’octobre, depuis 2009, les footballeurs de la NFL se présentent aux rencontres sportives avec de l’équipement rose dans le but de sensibiliser les spectateurs à ce problème. Ce geste peut être considéré comme bienveillant, mais lorsqu’on se penche sur ce cas, on comprend qu’ils ont fait cela pour eux plus que pour les malades. En 2009, la NFL n’avait pas une bonne réputation à cause de la violence durant les matchs, mais aussi à cause des ennuis de plusieurs joueurs hors du terrain. Ils ont simplement cherché un moyen d’améliorer leur image et se sont tournés vers le ruban rose.

Bref, des exemples tout aussi percutants vous attendent dans ce documentaire. Il sera difficile de ne pas crier sur tous les toits ce que vous venez d’apprendre.

Quand « aider » rime avec « consommation », on comprend qu’il y a un problème et qu’on a perdu l’essence même de ce qu’est l’entraide. Bref, un documentaire à voir absolument par le plus de gens possible, étant donné que la maladie est en pleine expansion[1]. En ce mois de la sensibilisation au cancer du sein, ce documentaire est d’une grande pertinence.

Note : 9/10
Pink Ribbon Inc. (L’industrie du ruban rose) de la réalisatrice Léa Pool est disponible sur le site Internet de l’ONF ici : http://www.onf.ca/selection/pink_ribbons_inc/

[1] http://www.cancer.ca/canada-wide/about%20cancer/cancer%20statistics/stats%20at%20a%20glance/breast%20cancer.aspx?sc_lang=fr-CA

 

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Chercher le courant… à Saint-Jérôme!


C’est avec  Chercher le courant, un documentaire réalisé par Nicolas Boisclair et Alexis de Ghelder, que le projet Cinéma Politica  sera inauguré le 31 janvier prochain à 18h30 au café étudiant. Cinéma Politica est une vaste organisation de ciné-clubs qui présentent des films et des vidéos politiques indépendants. En créant un chapitre au cégep, l’équipe de Cinéma Politica Saint-Jérôme permettra aux étudiants et à toute la communauté laurentienne d’assister gratuitement à des films alternatifs et critiques, qui couvrent des enjeux sociaux, politiques et environnementaux négligés par les médias traditionnels.

S’inscrivant dans cette veine, le documentaire Chercher le courant, auquel participe Roy Dupuis, déboulonne plusieurs mythes, comme le caractère écologique de l’hydroélectricité. En naviguant en canots sur la rivière Romaine, que veut harnacher Hydro-Québec, l’équipe du documentaire rapproche le public de cet écosystème unique et sauvage, lequel est menacé par de futurs barrages. Le documentaire examine le coût du projet ainsi que son rendement et les compare avec  les économies et les avantages projetés si des sommes similaires étaient  investies dans les énergies vertes alternatives.

Chercher le courant a remporté le prix du public aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal en 2010 et le prix du meilleur documentaire au Festival du film de Sept-Îles en 2011. Le réalisateur Nicolas Boisclair sera présent lors de la projection.

 

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UNE P’TITE PILULE AVEC ÇA?


(Critique du cahier Médicaments, entre nécessité et excès…)

« Les ordonnances, tenez-vous bien, il y en a eu 107 millions l’an dernier, pour 3 millions d’usagers, ce qui veut dire, qu’en moyenne, chaque Québécois avale 750 pilules par année. »

C’est en octobre 2007 que Paul Arcand dénonce la prescription abusive de médicaments, au Québec, grâce à Québec sur ordonnance. Il traite des manipulations de l’industrie pharmaceutique visant à faire gonfler ses profits de façon faramineuse et souligne la surconsommation de pilules par les Québécois : chaque bobo – réel ou non – a sa petite pilule.

Paul Arcand, journaliste radiophonique et réalisateur du très connu documentaire Les voleurs d’enfance, a su créer un film captivant et vulgarisé de façon à se faire comprendre de la majorité de la population sur la nature de certains médicaments et de leurs effets secondaires, entre autres. Sa narration solide lui a permis de bien appuyer les propos des divers intervenants. Arcand a aussi pensé à ajouter quelques petites touches qui font sourire, telles qu’une courte parodie où une femme se nourrit exclusivement de pilules.

C’est toutefois le montage qui frappe le plus le spectateur attentif. Les opinions contradictoires sont présentées d’une manière très éditoriale qui permet au spectateur de distinguer facilement le vrai du faux dans ce qui est raconté par les politiciens et les délégués de compagnies pharmaceutiques, notamment.

Arcand présente dans ce documentaire des chiffres et des données choquantes sur la vente de pilules : les profits de plusieurs compagnies pharmaceutiques se chiffrent en milliards de dollars! La surconsommation de pilules, semble-t-il, serait la faute de toutes les personnes impliquées dans cette industrie très payante.

Arcand a réussi à rencontrer des intervenants convaincants et provenant de milieux variés; que ce soit des médecins, des pharmaciens, l’ancien ministre Philippe Couillard ou des représentants de compagnies pharmaceutiques, tous ont leur mot à dire.

Paul Arcand a brossé un portrait assez complet de la distribution de pilules au Québec et il semble avoir fait une recherche exhaustive afin d’en savoir le plus possible et de confronter aisément les personnes qu’il trouvait important de discréditer.

Ce documentaire n’est malheureusement pas sans défauts. Dans son processus de démolition de l’inconscience de l’opinion publique quant à la consommation de pilules, Paul Arcand a commis une grosse erreur : il a abusé de l’utilisation du sensationnalisme et des sophismes. Il débute son documentaire par le sophisme de « l’appel aux sentiments » et celui de la généralisation hâtive en présentant un bébé qui dort et en disant qu’elle est chanceuse de pouvoir le faire sans pilule, mais que, tôt ou tard, c’est évident qu’elle en prendra à cause de l’industrie pharmaceutique.

Il a aussi pris soin de ne présenter que des cas extrêmes dans le cadre de son documentaire, mais combien de personnes a-t-il dû interviewer afin d’en trouver quelques-unes qui en ingèrent jusqu’à 20 par jour? Il ne montre donc absolument pas l’autre côté de la médaille, celui des gens dit « normaux » qui prennent peu de pilules.

Son segment sur le trafic de médicaments par des dealers dans la rue est aussi particulièrement inutile puisque, à la base, le trafic de drogues en tout genre est illégal. Il était déjà évident que cela se produisait et, bien évidemment, la prescription  excessive de médicaments n’aide probablement pas, sauf qu’il serait faux de dire qu’elle en est la cause. Si les médecins prescrivaient moins de pilules, ce trafic ne s’arrêterait pas pour autant.

Québec sur ordonnance reste un film qui fait réfléchir et nous donne une certaine perspective sur notre propre consommation de pilules et nous amène à nous questionner sur l’utilité des « p’tites pilules miracles » et ce à quoi elles servent réellement. Plutôt que d’avaler des Advils, pourquoi ne pas aller faire un peu de sport, une façon tout aussi efficace, quoique plus exigeante, de faire disparaître douleur et mauvaise humeur?

 

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Naufragés des villes, quand la téléréalité sert l’intérêt public!


Photographie: http://2.bp.blogspot.com/-0kNMjvC-OYM/TaDQJh54U_I/AAAAAAAAAPA/vBx3ar-vV9Q/s1600/Image+12.png

(Critique du cahier Souriez, vous êtes filmés!)

La plupart des téléréalités se résument à trois choses : exhibitionnisme, voyeurisme et sensationnalisme. Je parle ici d’émissions comme Jersey Shore, une série où huit jeunes dans la vingtaine cohabitent et vouent leur vie aux sorties en boîtes et à l’autobronzant. Bref, ils se montrent et on les regarde.

Il y a aussi l’autre côté de la médaille. Eh oui! Une téléréalité intelligente, c’est possible! Il s’agit de la série diffusée sur les ondes de RDI, Naufragés des villes, qui a débuté le 24 janvier pour une durée de dix semaines, soit dix épisodes.  Le réalisateur Marc St-Onge a décidément innové en matière de téléréalités et le résultat est étonnant.

Naufragés des villes présente un excellent mélange des genres : le documentaire et la téléréalité, tous deux bien dosés. Ayant pour but de faire prendre conscience aux gens de ce qu’est véritablement la pauvreté et de diminuer les préjugés liés à celle-ci, la série suit le parcours de deux individus possédant salaire et confort, qui se lancent dans une expérience assez particulière. Elle consiste à passer dix semaines dans la grande ville de Montréal, seuls, avec pour unique bagage un sac à dos. Ils doivent se débrouiller, sans accès à leur compte en banque ou à leur vrai curriculum vitae, pour se trouver un toit, de la nourriture, des vêtements… Pour vivre, en fait! Tout cela avec seulement 592,08 $, le revenu mensuel accordé par l’aide sociale. Les deux « naufragés » sont Emmanuelle Chapados, une journaliste de 27 ans, et Pierre Côté, un conseiller en marketing de 53 ans.

Chaque épisode présente un narrateur différent, souvent une personnalité connue, qui a une expérience intéressante liée à la pauvreté. On retrouve, entre autres, l’auteur-compositeur-interprète Urbain Desbois, la comédienne France Castel, l’humoriste et imitateur Pierre Verville et plusieurs autres.

Entre les extraits de la vie difficile que mènent les deux volontaires, des épreuves et préjugés qu’ils doivent subir, l’émission présente aussi plusieurs témoignages, souvent touchants et qui font réagir, provenant de différents bénéficiaires de l’aide sociale, d’anciens itinérants ou encore de représentants de divers organismes liés au problème de pauvreté. De plus, plusieurs intervenants sont présents, tous différents à chaque semaine, et apportent un côté plus informatif à l’émission, ce qui nous permet d’en apprendre davantage sur les causes et les effets de cette dure réalité. On retrouve parmi eux des professeurs, conseillers, médecins, chercheurs, etc.

Naufragés des villes est une série documentaire qui fait réfléchir, qui touche et qui permet d’ouvrir  les yeux sur une triste situation dont nous pourrions nous-mêmes faire partie un jour. Elle nous montre que les BS, comme ils sont trop souvent surnommés, ne sont généralement pas rendus là où ils sont par choix, mais bien à cause d’une suite de problèmes bien souvent hors de leur contrôle. Autrement dit, ils ne sont pas tous comme la famille Bougon et la plupart d’entre eux nous offrent des témoignages qui ouvrent l’esprit et qui nous font comprendre bien des choses.

Bien que l’on voie à plusieurs reprises des personnes itinérantes, droguées, et des jeunes de la rue, le réalisateur a fait le choix judicieux de ne jamais tomber dans le sensationnalisme. Lorsqu’on écoute l’émission, on sent que ceux qui sont en marge de la société sont toujours présentés avec respect et non pas pour satisfaire un besoin de voyeurisme. C’est là une énorme différence avec la téléréalité à laquelle nous sommes habitués, et un énorme progrès.

Le montage de chaque épisode et la façon dont chaque plan est tourné dévoilent aussi un travail d’experts. L’éclairage et le cadrage sont magnifiquement ajustés, en particulier lors des interventions du narrateur invité. À ce moment, les effets techniques participent à créer un sentiment de complicité entre le narrateur et le téléspectateur. Certains témoignages, au lieu d’être filmés traditionnellement, sont présentés à l’aide de musique et d’une série de photographies en noir et blanc de l’intervenant, agencées  avec sa voix. Le résultat est extrêmement intéressant et ajoute une touche d’originalité à l’émission.

Bref, Naufragés des villes est une série qu’il faut absolument visionner, autant pour le divertissement que pour la richesse des éléments d’information. Il est garanti qu’après avoir écouté les dix épisodes, vous verrez les pauvres de notre société d’un tout nouvel œil et vous ne tenterez sûrement plus d’oublier cette part trop souvent négligée de la population. Si seulement la téléréalité pouvait toujours servir des propos aussi intelligents…

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Dans l’ombre d’un lock-out, là où la réalité vient nous frapper!


Photo originale de Laurence-Isabel Beaulieu (LILB ©)

Modification de photo : Josiane Cyr

(Critique du cahier La fin d’un lockout…)

C’est choquant, informatif, mais c’est surtout un excellent moyen de nous ouvrir les yeux sur ce qui a été un des grands problèmes dans l’industrie des médias des dernières années. Dans l’ombre d’un lock-out n’est pas un simple documentaire qui laisse passer un message d’intérêt général. Il est avant tout un regard neuf et indépendant sur les enjeux auxquels étaient confrontés les employés du Journal de Montréal. Ce court métrage est réalisé par des étudiants du profil Journalisme et communications, du Cégep de Saint-Jérôme, sous le nom de production À temps perdu. L’équipe de réalisation a fait preuve d’un professionnalisme et d’une éthique de travail remarquables. Voici une oeuvre fine et intelligente qui, avec une délicatesse surprenante, nous met à la place des employés qui ont vécu une expérience qui était loin d’être agréable.

Dans l’ombre d’un lock-out parle du conflit entre Pierre Karl Péladeau et le Journal de Montréal. Quebecor utilise comme prétexte la venue des médias sur le Web pour mettre à la rue ses employés des bureaux de Montréal. Il ne garde que les cadres qui ont pour tâche de tenir le fort le temps d’arriver à la ratification d’une convention collective entraînant de grandes coupures. On retrouve une entrevue d’une ex-employée du journal qui livre un témoignage éclairant et surtout émouvant. Cette situation délicate touche non seulement les employés du Journal de Montréal mais aussi toute la communauté des journalistes, que ce soit au Devoir ou à La Presse. Yves Boisvert, chroniqueur à La Presse, fait part de sa vision des enjeux, grâce à quelques apparitions qui nous font comprendre toute la gravité de la situation. En parlant de l’offre rejetée à l’automne, qui exigeait la fermeture de Rue Frontenac et une clause de non-concurrence ne permettant pas aux employés non repris d’aller travailler à La Presse, Yves Boisvert souligne « [qu’] il y a quelque chose d’un peu mesquin dans ces exigences-là». Ces employés de Quebecor, qui n’ont jamais voulu quitter leur emploi, ne pourront peut-être jamais retourner à ce travail.

Pourtant, ce n’est pas la fougue qui manque aux quelques 250 employés en lockout. Ils ont cette passion de l’écriture et veulent continuer à la transmettre. La solution? Ruefrontenac.com. On apprend à travers le documentaire que c’est de cette façon que les lockoutés ripostent à Quebecor en créant le journal des lockoutés: d’abord sur le Web et également, à partir d’octobre 2010, sous forme d’hebdomadaire imprimé. Ils continuent à écrire en faisant un travail journalistique sérieux, tout en donnant leur opinion sur cette situation, au moyen de ce nouveau journal qui tente de se faire connaître. Malgré cela, ce documentaire souligne l’absurdité de cette situation et le peu de valeurs que le lectorat du Journal de Montréal semble accorder au travail journalistique, « puisque 130 annonceurs continuent de publier dans un journal qui pourtant devrait être boycotté ». Et le documentaire de poursuivre en nous posant des questions qui touchent directement le cœur de la responsabilité civique et de la conscience sociale : « Mais pourquoi les gens le lisent-ils toujours ? C’est peut-être parce que la population n’est pas assez bien informée sur le sujet ? Ou est-ce tout simplement par habitude ? » On ne peut qu’être frappé par ces questions et ce paradoxe du journal créé sans journalistes, surtout lorsque le documentaire nous apprend que, selon l’agence Nad Bank, le tirage du Journal de Montréal a même augmenté de 3.3 % depuis le lockout…

Dans l’ombre d’un lock-out, premier documentaire des productions À temps perdu, présente une vision du problème très terre à terre, avec d’excellentes entrevues, un tournage de qualité même si l’équipe de production n’en est qu’à ses débuts. La facette émouvante du documentaire permet de constater avec quel professionnalisme et humanisme ce documentaire a été créé. Avis à vous qui êtes fatigués de cette convergence et de tout ce silence concernant Quebecor et sa poigne de fer,  voici une oeuvre qui ouvre le chemin à une nouvelle interprétation des faits.

Dans l’ombre d’un lock-out

Productions À temps Perdu (2010)

Équipe de réalisation : Charlène Bouffard-Demers, Eliakym Brabant, Bianca Galimi, Julie Laberge, Nicolas Michaël Lemay-Fiola, Geneviève Lussier et Catherine R. Lapointe

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Je réfléchis, j’économise ou je m’endette?


Photo libre de droit: http://www.photo-libre.fr/business/24a.jpg

(Critique du cahier Les jeunes dans le dédale de l’économie)

Les jeunes, en grande majorité, ignorent les bases de l’économie. Nombre d’étudiants tombent dans le piège de la surconsommation. C’est dans cette optique que ceux-ci dépensent et peu d’entre eux prennent les moyens d’épargner. Beaucoup de parents, trop pressés par leurs activités, gèrent les finances de leurs enfants au lieu de leur expliquer les mécanismes de l’économie. Les jeunes ne tirent aucune expérience durable de cette attitude. C’est, entre autres, ce que démontre le documentaire « Philo, boulot, dodo » (1),  présenté dans le cadre de la  série documentaire 109, à RDI.

Les étudiants nous font part du travail qu’ils doivent accomplir tous les jours en plus de leurs études. Le documentaire présente deux types de cas : des jeunes vivent en appartement et doivent subvenir à tous leurs besoins; puis des jeunes, qui demeurent chez leurs parents, ne dépensent que pour leurs loisirs. D’abord, Francis Pépin est aux études, il travaille plus de 30 heures semaines et il n’habite plus chez ses parents. Pour lui, quitter sa mère et son père représente un défi qu’il souhaite relever. Il s’impose donc du travail supplémentaire au détriment de ses études. Un étudiant dans cette situation n’a pas la possibilité d’épargner, puisqu’il doit effectuer des paiements pour son loyer, ses vêtements, ses repas, sans compter ses dépenses personnelles.

Dans le second point de vue du documentaire, plusieurs étudiants restent chez leurs parents, ils ont donc plus de facilité à épargner, s’ils le souhaitent. Ils peuvent demander à leurs parents de les aider. Or, dans la société de surconsommation actuelle, beaucoup de jeunes ne profitent pas de cette chance. Ils accordent beaucoup d’importance à l’achat de gadgets qui, selon eux, sont indispensables : le cellulaire, l’ordinateur portable, la voiture, etc.

Bien sûr, les jeunes ne sont pas les seuls à consommer, c’est évident.  Voilà pourquoi ils n’en font pas tout un drame. C’est normal pour eux de dépenser, puisque c’est la réalité d’aujourd’hui. Certains parents sont présents pour aider leurs enfants. Par exemple, Gérard, le père d’une étudiante, Lori Pelchat, témoigne dans le documentaire que sa « fille ne gère pas son argent, elle le dépense ». L’étudiante a demandé à son père, courtier,de l’aider à gérer son budget. Pour cette étudiante, c’est une première prise de conscience, mais bien d’autres ne comprennent pas l’importance de l’économie et à quel point il serait bon de s’y intéresser.

De plus, ils entrent dans un cercle vicieux que leur procure le crédit. Dès l’âge de 18 ans, il est possible pour eux d’acheter maintenant et de payer plus tard. Cela les incite donc à dépenser davantage. Les jeunes consomment beaucoup trop. Pour eux, c’est un énorme avantage que de posséder un crédit. En réalité, ils hypothèquent leur avenir. Lorsque les jeunes sont sollicités pour avoir une carte de crédit ou même plusieurs, savent-ils vraiment dans quoi ils s’embarquent? Avoir une carte de crédit est avantageux certes, mais c’est aussi un horrible piège qui peut se resserrer facilement sur sa proie.

Selon Jacques Roy, chercheur de l’Observatoire Jeunes et Société, à l’Université Laval, « 27% des étudiants, donc 1 sur 4, travaillent 20 heures et plus par semaine ». Il affirme que ce groupe est plus à risque sur le plan de la réussite scolaire. Ceux qui, au contraire, travaillent moins réussissent mieux du point de vue académique. Un étudiant qui travaille en moyenne 15 heures et moins est beaucoup plus organisé dans tout ce qu’il entreprend.

À mon avis, le documentaire est efficace. L’opinion des intervenants est justifiée lorsqu’ils présentent un fait. Ils l’expliquent avec des statistiques pour en faciliter la compréhension et prouvent, en effet, que l’économie et les jeunes ne font pas toujours bon ménage! Un documentaire que tous devraient voir, et en particulier les étudiants et leurs parents.

(1) Documentaire réalisé par  Élaine Giguère, avec  des textes de Jean Ménard.

Documentaire à visionner : http://www.109-tv.com/emission.php?id=33

 

 

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