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Choisir le bon bol de chips


Les histoires d’abus de pouvoir par des adultes sur des enfants circulent dans les médias et les palais de justice. Comme les autres parents, ceux ayant un ou des enfants déficients mentalement s’inquiètent pour la sécurité de ceux-ci et se demandent comment ils peuvent agir dans l’éducation de leurs enfants pour prévenir ces situations.

Judith Joubert, psychoéducatrice de métier, travaille au CLSC avec les enfants de zéro à cinq ans qui peuvent laisser paraître un retard dans leur développement. Ces enfants, ayant souvent un problème de langage, ont du mal à communiquer. Ce retard peut même aller jusqu’à un déficit tel que l’autisme.

Être « comme les autres »

Dans son métier, Judith doit travailler avec des enfants qui vont des plus renfermés à ceux qui sont en manque d’attention. Elle considère ces derniers plus vulnérables :
« Un enfant va avoir un bol de chips et il va vouloir en manger. Mais, disons qu’il a un vieux bol de chips toutes ramollies, toutes défraichies, il va se satisfaire de manger ça. »

Judith Joubert utilise cette métaphore pour expliquer que ces enfants, « même s’ils ont toute leur tête », vont être plus vulnérables aux mauvais comportements des adultes à leur égard. « Ils vont chercher la mauvaise attention, même si elle a des conséquences négatives parce qu’au moins, il y a quelqu’un qui s’occupe d’eux. », explique Judith.

Ayant aussi travaillé pour le DITSA (Déficience intellectuelle et troubles du spectre de l’autisme), la psychoéducatrice a fait de la prévention dans les écoles secondaires auprès de jeunes filles déficientes en quête d’attention pour se sentir « normales ». Elle leur expliquait, avec l’aide d’une collègue infirmière, ce qui était acceptable venant d’un proche, d’un professeur, etc.

Moins vulnérables

D’un autre côté, Judith doit parfois travailler avec des jeunes « sauvages », c’est-à-dire qui n’ont pas beaucoup fréquenté d’autres jeunes ou même d’autres personnes tout simplement. Ces jeunes sont alors amenés à fréquenter des garderies ou à s’impliquer dans des activités de groupe pour socialiser et se défaire de la dépendance qu’ils peuvent avoir envers leurs parents. Ces parents s’inquiètent donc parfois de la vulnérabilité de leurs enfants face aux figures d’autorités les entourant à cause de leur déficit . Pour ce type d’enfant, Mme Joubert les rassure : « Le lien est dur à créer justement avec l’adulte qu’ils ne connaissent pas. Il y en a, selon les degrés, qui sont très rigides dans leur approche. Ce ne sont pas des enfants à qui on peut faire faire n’importe quoi. »

 L’importance de la prévention

Expliquant que c’est très difficile de faire comprendre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas à ces jeunes filles, Mme Joubert pense qu’il serait bon de commencer à faire de la prévention par rapport à la sexualité et les relations avec les autres, à la maison, si les parents se sentent à l’aise, et à l’école même dans les premières années de primaire. Elle avertit par contre les parents d’en parler avec prudence, en choisissant bien les mots utilisés pour éviter d’effrayer l’enfant. En ce qui concerne l’école, elle conseille de faire appel à des organismes tels que Brindami pour intervenir dans les classes. Comme ça, l’enfant se sent accompagné en sachant que tout son groupe s’en fait parler, qu’il n’est pas visé.

De plus, considérant que le cerveau a plusieurs niveaux d’évolution et qu’en vieillissant, l’environnement des jeunes changent, Judith Joubert juge qu’il serait bon de faire cette prévention à plusieurs reprises. En effet, par exemple, vers l’âge de six ans, l’enfant est en mesure de comprendre le bien et le mal par le biais de faits concrets[1]. « Certains enfants peuvent être très vulnérables parce qu’ils n’ont pas du tout la notion du danger et de l’étranger qui peut être méchant. », explique-t-elle. Alors, il est bien de les aider à comprendre ce qui est mal en leur en parlant. « Je pense que c’est important de toujours faire des rappels, surtout de ce côté-là. À force de l’entendre, quand ils arrivent dans une telle situation, peut-être que ça va “ popper “ que ce n’est pas correct. », explique la psychoéducatrice.

 

Pour avoir travaillé avec les deux extrêmes quant à ces enfants, Judith Joubert suggère de faire le plus de prévention possible avec les enfants. Elle rappelle que pour les parents, des livres tels que Ma sexualité de 0 à 6 ans, Ma sexualité de 6 à 9 ans[2], etc. peuvent aider à amorcer la conversation et que des organismes, comme le nommé plus tôt : Brindami, existent pour faire la promotion des comportements sociaux auprès des jeunes. Ainsi, ils pourront, à l’aide des ressources disponibles, aider leurs enfants à choisir le bon bol de chips.

 

 

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Autiste, et alors?


Cliquez ici pour l’entrevue de Noémie Thiffault

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L’autisme au grand écran!


Attaquant l’un des plus grands tabous de notre société, l’autisme, le réalisateur et scénariste Max Mayer innove dans son film intitulé Adam.  Les deux principaux acteurs, Hugh Dancy et Rose Byrne, sont grandioses dans leur rôle!  Le film, appartenant à la maison de production Fox Searchlight Pictures, en a d’ailleurs bénéficié lors de sa sortie en 2009 et a gagné le prix du meilleur film, au Festival international des jeunes réalisateurs de St-Jean-de-Luz, en France.

L’histoire met en scène un jeune adulte atteint du syndrome d’Asperger (autisme), Adam. À la suite de la mort de son père, celui-ci se retrouve seul dans un immense appartement, dans un éléphantesque monde.  L’arrivée de Beth, sa voisine, changera le cours de son existence.  Se liant d’amitié tout naturellement, les deux protagonistes deviendront bientôt indispensables l’un à l’autre.  Est-ce que cela suffira à faire brûler la flamme éternelle dans le coeur de ces deux jeunes gens?

« Mon livre d’enfant préféré raconte l’histoire d’un petit Prince qui est venu sur Terre. » Cette confidence de Beth, en introduction du film, représente à merveille l’ambiance un peu merveilleuse et étrange du film.  Ce parallèle entre l’oeuvre de Saint-Exupéry et ce long-métrage est des plus éloquents pour décrire l’univers des autistes, portant un regard différent sur la société et étant toujours un peu en marge du conformisme social.

Une chose est certaine, l’histoire et le talent des acteurs, et spécialement celui de Hugh Dancy, dans le rôle principal d’Adam, font battre notre coeur à l’unisson avec le personnage, et ce, du début à la fin du film.  Les larmes et les fous rires se mélangent et parfois même se confondent.  Une histoire pour le moins touchante avec des personnages attachants portant un message à la société moderne, aux autistes et à l’entourage de ceux-ci.  D’ailleurs, j’aurais préféré une morale encore plus crue et un message plus fort et plus évident à l’intention du public, lié davantage à l’autisme plutôt qu’à l’histoire d’amour.  Par chance, le film est assez émouvant et assez percutant pour qu’on puisse retenir quelles lignes de conduite à adopter envers les gens souffrant d’autisme.

Dans le même ordre d’idées, plusieurs éléments du film représentent admirablement la réalité de plusieurs personnes souffrant du syndrome d’Asperger:  Ils ont de la difficulté à interpréter le non-verbal et les jeux de mots, ils n’aiment pas les surprises et le changement, ils ont de la difficulté à socialiser, ils éprouvent de l’anxiété, ils adorent les choses qui tournent et détestent le bruit, ils vivent selon une routine bien établie…  Cependant, il faut avoir un public averti ou alors informé sur le sujet pour apprécier toute la qualité du film.

Malgré tout, cet excellent film nous permet de nous plonger dans la peau d’un autiste.  Plus encore, il nous fait voyager dans son univers et nous familiarise avec les revers de ce syndrome.  Ce film serait d’ailleurs très important dans le cadre d’une campagne de sensibilisation à l’autisme, afin d’informer la population quant à ce trouble envahissant du développement (TED), pour casser les tabous et organiser de l’aide pour intégrer les autistes de tout âge dans notre société.

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« Qu’est-ce qu’il y a après? Absolument rien… »


 

L’autisme touche, en 2012, 1 enfant sur 88 et 1 garçon sur 54[1]. Chez plus de la moitié de ces enfants, le diagnostic a mis plus d’un an à être établi dans le secteur public[2]. Pour les autres, leurs parents ont tranché : peu importe quel pourrait en être le coût,  la solution réside dans le secteur privé. Pourquoi? Parce qu’être parent d’un enfant autiste est difficile. Difficile, non seulement parce qu’ils doivent apprendre à gérer un enfant qui a un trouble envahissant du développement (TED), chose à laquelle ils ne sont pas préparés du tout, mais  aussi parce qu’ils doivent se battre contre un système qui ne parvient pas à leur offrir des services adéquats ou suffisants.

« On a rempli les papiers et entre le temps où nous les avons envoyés et le temps que la CREDEL (Clinique régionale d’évaluation du développement de l’enfant de Lanaudière) nous fasse un retour d’appel, il s’est écoulé dix mois », explique Julie Cardin, mère d’un enfant ayant reçu un diagnostic d’autisme, il y a près d’un an. Lors de cet appel, « le personnel nous a dit que notre fils se ferait évaluer dans environ deux ou trois mois. » En tout,  il a fallu 13 mois aux parents de l’enfant avant de recevoir le diagnostic d’autisme. L’enfant a donc pris 13 mois de retard dans son développement. C’est énorme!

Mais la réception du diagnostic n’est certainement pas synonyme de fin pour les parents d’enfants ayant un TED. C’est plutôt synonyme de début. Après le processus interminable, le choc, la peine, la colère et l’incompréhension, tous les parents doivent enclencher le processus qui permettra à leur enfant de recevoir des services du secteur public. « On nous a mis sur une liste d’attente pour recevoir des services du gouvernement. […] Ça a pris 10 mois avant que ce soit le tour de notre fils », dit Mme Cardin, qui, aussitôt le diagnostic de son fils établi, s’est dirigée dans le secteur privé où l’attente est bien moins importante.  Théoriquement, 20 heures[3] de soutien hebdomadaire sont offertes aux enfants qui présentent ce type de troubles, mais dans la plupart des cas, surtout dans les régions, les enfants bénéficient d’environ 14 heures seulement de services par semaine [4].

« On ne peut pas s’asseoir sur une liste d’attente pendant des mois et des mois et ne rien faire », s’indigne Mme Cardin. Et il y a de quoi s’indigner. Il est évidemment impossible, pour un parent, de laisser son enfant se perdre dans un système qui est incapable de le prendre en charge.  Non seulement les ressources sont-elles extrêmement limitées, mais le service fourni, quand il l’est, est rarement adéquat, soit à cause d’un manque de formation, soit à cause d’un manque de ressources monétaires[5]. Lorsqu’ils sont d’âge scolaire, certains enfants  ayant un TED sont accompagnés pendant les heures de classe, soit pour s’habiller lors de la récréation, aller aux toilettes ou pour aller manger[6].  Bien qu’il puisse être utile, ce type d’accompagnement ne permet en rien à l’enfant de se développer. Ce dont ces enfants ont besoin, ce sont d’intervenants et non de surveillants. Parfois, certains accompagnateurs ont tellement peu de connaissances par rapport au trouble des enfants qu’ils accompagnent qu’il devient le rôle des parents de leur montrer comment faire leur travail, puisqu’ils ne savent pas comment : « J’ai été passer une journée complète dans la classe de mon garçon pour pouvoir montrer à son accompagnatrice comment fonctionner avec lui », explique Mme Cardin.

« Nous avons dû déployer d’énormes couts dans le secteur privé », affirme Mme Cardin. Si les parents d’un enfant ayant un TED n’ont pas les moyens d’envoyer leur enfant dans le secteur privé, l’enfant n’aura aucune chance de se développer puisque les services offerts sont inadéquats et insuffisants. Il ne sera pas seulement moins privilégié, il sera même pénalisé par un engrenage gouvernemental qui, en étant incapable de l’aider, ne fera que le retarder davantage dans son développement et ne lui permettra que de se noyer à travers un système fait pour tous ceux qui ne sont pas comme lui…


[1] Autism Speaks Canada

[2] MONTPETIT, Caroline. Dépistage de l’autisme – les listes d’attentes sont toujours aussi longues, Le Devoir http://www.ledevoir.com/societe/sante/343522/depistage-de-l-autisme-les-listes-d-attente-sont-toujours-aussi-longues.

[3] LACOURSIÈRE, Ariane. Autisme : trois jours de formation pour les intervenants, La Presse http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201101/22/01-4362718-autisme-trois-jours-de-formation-pour-les-intervenants.php.

[4] Idem.

[5] LACOURSIÈRE, Ariane. Traitement de l’autisme : une qualité de service inégale, La Presse, http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/sante/201101/23/01-4362983-traitement-de-lautisme-une-qualite-de-service-inegale.php.

[6] Entrevue Julie Cardin

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Les autistes, des gens comme les autres!


En 2003,  Statistique  Canada a révélé qu’environ « 69 000 Canadiens étaient atteints du syndrome d’Asperger (autisme de haut niveau) ou de troubles mentaux »[1]. Au cours des dernières années, le nombre de diagnostics a pratiquement doublé. Désormais, une  personne sur 150 serait touchée par ce syndrome, soit beaucoup plus de garçons que de filles. D’après de nombreux médecins, cette maladie est l’une des cinq plus importantes, car elle concerne un trouble envahissant du développement (TED) chez l’être humain. Elle se caractérise par des troubles de communication, des troubles de comportements et des troubles de relations sociales.

Il faut dire que cette maladie est bien critiquée en société. Beaucoup de gens ont de nombreux préjugés par rapport à l’autisme. Selon moi, l’autisme est une maladie comme une autre. Pourquoi tant de jeunes ne cessent d’insulter ceux qui en souffrent ? Ce sont des personnes inoffensives. En se promenant dans des écoles ou des lieux publics, on peut entendre des phrases de toutes sortes lorsqu’un autiste est en crise : « As-tu vu le gars là-bas, comment il est dans sa bulle? », « Il a tellement l’air déficient! », « Regarde, il se tape la tête partout, tu ne trouves pas qu’il fait peur? », « Regarde-le, c’est tellement drôle! » Toutes ces phrases sont couramment répétées par beaucoup d’adolescents, mais ce ne sont pas les plus vulgaires que l’on puisse entendre. Il ne faut pas oublier qu’un autiste ne choisit pas de réagir de cette façon. Ses réactions dépendent de ce qui se passe autour de lui, car un autiste en crise ne contrôle pas son comportement ni ses impulsions. Mettez-vous dans la peau d’un autiste. Aimeriez-vous ça vous faire traiter de déficient? Une majorité d’entre eux sont victimes d’intimidation en raison de cette incompréhension d’autrui envers leurs réactions. En 2011, le Réseau canadien de recherche et d’intervention sur l’autisme publie une étude dans le but de confirmer que les adolescents autistes sont victimes d’intimidation[2].

D’après les résultats des sondages effectués auprès de 230 adolescents autistes et de 24 adolescents non autistes, les jeunes souffrant du syndrome d’Asperger sont bel et bien victimes d’intimidation. Néanmoins, le même sondage révèle que, sans nécessairement le désirer, les autistes font eux-mêmes l’usage de l’intimidation puisqu’ils ne sont pas capables de reconnaître parfaitement ce qui peut être fait en société et ce qui ne se fait pas. Afin de lutter contre l’intimidation, plusieurs autistes ont pris leur courage à deux mains et ont décidé de faire face aux préjugés de la société en créant différents blogues en ligne afin de permettre aux gens de comprendre qu’ils sont, malgré tout, des humains comme  les autres. En effet, je crois que c’est une très bonne idée de combattre les préjugés grâce à des blogues. De cette façon, une personne autiste peut avoir sa liberté d’expression sans être victime d’intimidation.

À la suite de diagnostics et de pronostics importants, auxquels sont associés également un phénomène d’intimidation, plusieurs organismes, tels la Fédération québécoise de l’autisme, le centre Didache, la Société de l’autisme des Laurentides, ont vu le jour. Ces divers organismes ont décidé de rendre justice aux autistes et aux personnes souffrantes de TED en défendant leurs droits et intérêts, mais aussi en leur venant en aide selon leurs besoins. Je crois qu’il était à peu près temps que la société se réveille et qu’elle offre les soins nécessaires aux autistes et aux personnes souffrant de troubles envahissant du développement. Il est juste et tout à fait normal qu’ils puissent avoir des soins afin de subvenir à leurs besoins tout comme nous subvenons aux nôtres. La création des divers organismes pour les autistes et les personnes souffrant de TED a permis à de nombreuses familles d’avoir une meilleure qualité de vie. Leurs enfants autistes sont désormais suivis ou aidés selon leurs besoins, même si les organismes sont loin d’avoir les fonds suffisants pour répondre à tous leurs besoins. Nous les écoutons, sans les juger. Nous les surveillons et les aidons à grandir malgré leurs différences. Il est important que n’importe quel être humain ait droit aux mêmes ressources que les autres. N’oubliez pas que vous auriez pu être victime d’autisme ou de troubles envahissant du développement. Après tout, cette maladie touche, en 2012, 1 enfant sur 88[3].  La prochaine fois que vous verrez un autiste ou une personne souffrant de TED, j’espère que vous ferez preuve de respect…

[1] Statistique Canada, Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes – 2003; données compilées pour la Bibliothèque du Parlement.

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Majeur, vacciné et autiste


Photographe: Christian Roy

« Actuellement, être un autiste adulte au Québec n’est pas une chose très facile. Quand l’école est terminée, c’est le retour à la maison. […] Alors, c’est l’isolement parce qu’ils n’ont aucune activité valorisante. Il y en a très peu qui réussissent à se trouver un emploi seul et à le conserver, donc ils vivent dans la pauvreté. Ça favorise évidemment une très piètre estime de soi. Ça va faire des gens qui ont tendance à être dépressifs», explique Jo-Ann Lauzon, directrice générale de la Fédération québécoise de l’autisme (FQA). Sans être le seul, c’est l’un des scénarios fréquents qui frappent les adultes atteints d’autisme, raconte-t-elle. Autopsie de la situation des laissés pour compte : les adultes.

Le trouble autistique est l’un des cinq troubles envahissants du développement (TED). Contrairement à ce que certains pensent, l’autisme est relevé dans tous les degrés d’intelligence. Toutefois, la moyenne est plus faible que la normale. Le trouble se caractérise par une entorse aux interactions sociales et aux relations avec les pairs parfois traduites par le mutisme. Plusieurs caractéristiques sont communes à l’autisme sans qu’elles touchent toutes les personnes atteintes. On note, entre autres, un certain repli sur soi, un usage stéréotypé et répétitif du langage, des troubles sensoriels, de l’hyperactivité et un déficit de l’attention.

Outre l’hébergement et le soutien à la recherche et au maintien à l’emploi, les individus atteints de troubles autistiques nécessitent des interventions très personnalisées. « Chaque personne autiste est différente tandis que les déficients intellectuels ont plus de ressemblances entre eux. La clientèle autiste ne ressemble à aucune autre. La personne autiste a vraiment une autre façon de gérer l’information et une autre structure de pensées», souligne Mme Lauzon.

Pour les parents, jongler avec les différents services est un casse-tête constant. Bien souvent, l’un des parents doit laisser son emploi pour s’occuper de l’enfant en question. Au Québec, il existe un programme d’intervention comportementale intensive (ICI) qui est offert aux enfants entre deux et cinq ans. Par après, c’est le milieu scolaire qui prend en charge les enfants jusqu’à l’âge de 21 ans. « Après l’école, les jeunes se retrouvent face à rien. Il n’y a personne pour les prendre en charge, pas de milieu d’accueil pour eux », témoigne Ginette Boulanger, mère d’un autiste non verbal.

Tout juste trois jours après le diagnostic de son fils, elle est devenue membre de la Société de l’autisme de Montréal. « J’ai décidé d’être proactive au lieu de subir les décisions des autres », précise-t-elle. Mme Boulanger effectue une demande de placement pour un logement intermédiaire lorsque son fils atteint l’âge de 12 ans pour s’assurer qu’il aura un endroit où résider lorsqu’il sera majeur. Témoin de familles épuisées, elle tient à ce que son fils soit en lieu sûr si une situation de crise ou une maladie venait à frapper. Au Québec, 69%[1] des adultes atteints d’autisme vivent chez leur famille par manque de services.

Certes, Mme Boulanger précise qu’elle et son fils ont eu droit à des services de la part d’organismes, comme le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (CRDITED). Certaines « lourdeurs bureaucratiques » sont allégées, mais un suivi serré ne peut être effectué en raison de la lourde tâche qui est imposée aux éducateurs spécialisés. « Il y a des ressources, mais elles sont tout à fait insuffisantes », indique la directrice générale de la FQA.

Cette carence en service de soutien pour les personnes atteintes d’autisme aurait dû, en théorie, être comblée en partie par le plan d’action national sur l’autisme. Le document publié en octobre 2003 par le ministère de la Santé et des Services sociaux regroupe des mesures qui devaient s’étaler sur cinq ans. Des progrès ont certainement été observés depuis, considérant qu’auparavant on dirigeait les personnes atteintes d’autisme vers des ressources en déficience intellectuelle ou en santé mentale. Toutefois, Mme Lauzon en dessine un portrait moins reluisant. Les sommes octroyées pour la mise en place des mesures ont été évaluées selon un taux de prévalence de 21,9 sur 10 000[2]. Selon une étude états-unienne publiée en 2012 par les Centers for Disease Control and Prevention, le taux de prévalence a désormais atteint un sommet de 1 sur 88. Le budget n’est donc plus proportionnel à sa clientèle.

Tandis que l’une des mesures du plan d’action (appliqué de 2004-2009) a été de faire son autoévaluation annuelle, le gouvernement n’en a remis que deux qui restent, selon Mme Lauzon, imprécises. De plus, aucune d’elles ne soumet des recommandations afin de réajuster le tir et ainsi améliorer les services d’aide.

Selon Jo-Ann Lauzon, le meilleur scénario envisageable serait que le gouvernement injecte les sommes nécessaires pour que soient développées les ressources adéquates pour soutenir les autistes. Elle considère que faire de même serait en fait un investissement : « On s’entend qu’à 18 ans, j’arrête pas d’être autiste. Autiste un jour, autiste toujours. Plus vite on les aide, moins on aura à les aider par après. Au bout du compte, ça coute moins cher à l’État. » Ginette Boulanger est également pour une plus grande prise en charge par l’État pour ainsi aider les organismes communautaires qui « n’ont pas les reins solides » et pour qui « c’est toujours une question de survie ».

La directrice générale mentionne que la FQA a « beaucoup d’espoir » quant au tout récent changement de gouvernement provincial, mais reste tout de même sceptique. « Quand un parti est à l’opposition, il est toujours très réceptif, donc le Parti Québécois était lui-même très réceptif quand il était à l’opposition, tout comme le Parti libéral l’était, il y a huit ans. »

Selon Mme Bélanger, le soutien aux personnes atteintes d’autisme s’inscrit au sein d’un échange empreint d’humanité dans lequel de nombreuses perspectives de ce qui est essentiel dans la vie changent : « Il faut rester humble. Être capable de comprendre que l’on ne comprend pas tout. Être capable de voir qu’on fait des erreurs aussi. C’est aussi apprendre au sujet des humains. Quand on regarde le comportement des autistes, on va chercher la base de l’humanité. On se remet en question pour voir ce qui est le plus important dans la vie. Le succès? Les diplômes? Non, c’est d’être bien avec les gens qu’on aime. C’est ce qui m’apporte une certaine simplicité volontaire. C’est apprend aussi à apprécier simplement le moment présent. »


[1] Fédération québécoise de l’autisme et des autres troubles envahissants du développement. J’existe, 2008,  p.15.

[2] Ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport. Prévalence des TED, élèves de 4 à 17 ans, juillet 2008.

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Autisme, travail et intégration


Photo: pond 5

On entend souvent parler des enfants autistes et de leurs difficultés à s’intégrer dans le milieu scolaire. On sait qu’ils ont des troubles de communication, de la difficulté à interagir avec les autres et qu’ils ont tendance à adopter des comportements stéréotypés (obsession à propos de petites choses). La plupart des gens connaissent aussi l’existence des classes de soutien émotif dans les écoles, classes qui sont là pour répondre aux besoins particuliers de certains élèves. Cependant, c’est là que s’arrête trop souvent la connaissance populaire à ce sujet. Qu’advient-il de ces enfants une fois qu’ils sont sortis des écoles primaires et secondaires? Comment arrivent-ils à s’adapter au monde des adultes?

Mélanie Demers, technicienne en travail social, au service de relation d’aide du carrefour d’aide aux étudiants, au Cégep de Saint-Jérôme, explique que les difficultés d’interaction sociale et de communication des personnes autistes constituent un défi pour leurs études postsecondaires. De plus, ces étudiants ont besoin qu’on les aide à adopter des stratégies pour répondre aux exigences académiques. « Par exemple, si une personne est hyper anxieuse et n’est pas capable de faire ses examens avec les autres parce qu’elle a des tics, on essaie de trouver des stratégies pour l’aider à s’adapter. On a un local à la bibliothèque qui permet, entre autres, aux jeunes de faire leurs examens », ajoute-t-elle.

Chaque individu est différent, car il y a différentes formes d’autisme. Malgré cela, une des difficultés fréquentes rencontrées dans le milieu scolaire est le travail d’équipe. « Si le jeune a un comportement très stéréotypé, par exemple qu’il faut que tout soit classé en ordre, cela peut être problématique d’entrer en relation avec lui, donc difficile de remplir les compétences pour le cours », explique Mme Demers. Elle soutient cependant que si ces étudiants arrivent jusqu’à ce niveau d’études, c’est qu’ils en ont les capacités.

Ensuite, en ce qui concerne l’intégration des personnes autistes au marché du travail, Mélanie Demers croit qu’il doit y avoir une collaboration entre le milieu d’études et le milieu de l’emploi (souvent grâce au programme de placement étudiant de l’établissement scolaire). Selon elle, il est important que l’institution scolaire (cégep ou université) soutienne le jeune en l’aidant à se trouver un travail. Il est aussi essentiel que l’employeur démontre de l’ouverture d’esprit pour développer de nouvelles méthodes de travail, afin de faciliter  l’intégration  de cet employé. « Ce n’est pas inconcevable de recevoir un autiste dans un milieu de travail, il faut simplement savoir comment mettre des stratégies en place », déclare Mme Demers. Elle précise qu’une personne autiste se sécurise par la routine et que de devoir en développer une nouvelle, pour s’intégrer à son emploi, est très difficile. « C’est déjà fatiguant de s’adapter, mais chez une personne pour qui la routine est très importante ça demande quatre, cinq, six fois plus d’efforts », conclut la technicienne en travail social.

Cependant, Mélanie Demers soutient que les personnes avec un trouble envahissant du développement (TED) peuvent être victimes de rejet ou de harcèlement psychologique dans leur milieu d’études ou de travail. « Ce n’est peut-être pas typiquement lié à l’autisme, mais l’inconnu est difficile à accepter, ça nous fait peur et on s’imagine un paquet de choses », explique-t-elle. « Par les médias, on voit des films où, par exemple, l’autiste se met à crier et lance ses choses… Mais ce n’est pas comme ça pour tout le monde », ajoute-t-elle. « S’ils se sont rendus aussi loin [travail, études supérieures] c’est qu’ils ont travaillé et démontré qu’ils avaient les aptitudes pour le faire. »

 

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