Catégorie | Culture

Noises off :
sardines, vous avez dit sardines ?

 
Joël Langevin et Élizabeth Robitaille Étudiants en Théâtre À propos de l'auteur:
Joël Langevin et Élizabeth Robitaille
Étudiants en Théâtre

Noises off

Une pièce de Mickael Frayn

Une production du Centre Segal

Mise en scène : Jacob Tierney

Acteurs : Martha Burns, David Julian Hirsh,

Belinda Blair, Chala Hunter, Marcel Jeannin,

Daniel Lillfors, Amanda Lisman, Michael Musi,

Kaitlyn Riordan & Andrew Shaver

Grande salle du Centre Segal – Arts de la scène.

Du 29 janvier au 19 février 2017

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Vraiment, le Centre Segal nous offre avec Noises off l’une des plus belles découvertes de la saison 2016-2017. La pièce Noises off de Michael Frayn en a mis plein la vue en terme de divertissement, gardant son public en haleine du début à la fin. Ayant pour mandat de présenter des pièces pour aider au développement des artistes ainsi que faire découvrir le monde incroyable du théâtre anglophone au public montréalais, le Centre Segal est l’endroit de choix pour «présenter des interprétations originales de grands classiques et d’œuvres contemporaines, de nouvelles comédies musicales canadiennes et des productions captivantes ayant un attrait universel ». (Site du Centre Sengal) Interprétées par divers comédiens d’ici et d’ailleurs, les pièces qui y sont jouées comportent pour la plupart plusieurs disciplines au sein d’une même œuvre comme le chant, le théâtre et la danse. Il est important pour ce lieu d’avoir une programmation majoritairement remplie de créations innovatrices ouvrant les horizons à une multitude de possibilités artistiques. Et ce n’est pas parce que le lieu de diffusion est petit que le théâtre n’y est pas de qualité ; avec ses multiples salles, ce centre anglophone offre un Studio qui peut accueillir de 100 à 200 places, un CinemaSpace qui comporte 77 sièges, le Artlounge (100 places), Main Lobby & Delmar Bar (300 places) et la salle Segal Theatre (ou Noises Off était présenté) comporte exactement 306 sièges. Le Centre Segal fait la renommée du quartier Côte-des-neiges à Montréal. Il arrive même que le Centre Segal présente des concerts de jazz, de la danse et du cinéma indépendant, en plus d’enrichir la programmation éducative et de créer des événements multiculturels.

Parlons maintenant de la pièce en soi. L’espace scénique est fabriqué à l’image de l’intérieur d’une maison « bourgeoise » en une seule façade. Il y a deux étages, qui sont tous deux dotés de quatre portes à égale distance les unes des autres. L’étage du bas est plus rempli. Devant les dites portes ; au centre, il y a un sofa trois places blanc. Au côté cour du canapé, une petite table d’appoint équipée d’un téléphone à fil est collée à son appuie-bras. De l’autre côté, à l’extrémité de la scène, un petit bureau est centré, avec en son dessus un vase et un petit téléviseur à tubes. Au-dessus des quatre portes du rez-de-chaussée, il y a un balcon qui donne sur l’étage supérieur. À l’extrémité cour de ce balcon, un escalier en colimaçon (180°) permet un accès facile d’un étage à l’autre. Jouant un rôle important dans la mise en scène, à l’extrémité jardin, il y a deux portes de type « Françaises » qui sont fermées, qui laissent percevoir l’extérieur de la maison, type porte-fenêtre.

Durant le spectacle, le décor se métamorphose à deux reprises. Il y a donc au début l’intérieur de la maison ci-haut décrit. Après l’entracte, les « régisseurs », étant en fait des acteurs apparaissent pour tourner le décor de l’autre côté (celui-ci étant positionné sur une immense plate-forme circulaire permettant sa rotation) afin de donner comme vue aux spectateurs les coulisses à l’instar de la scène principale. Celle-ci est presque identique à la devanture de la maison avec ses portes et tout, mais on y voit « l’envers du décor » plus « brut » et sans grande beauté. Toute la deuxième partie se déroule là. Durant la troisième et dernière partie du spectacle, les régisseurs reviennent pour redonner aux spectateurs une vue du décor initial. Ce dernier, qui était au départ immaculé et propre, tombe cette fois littéralement en ruine : tapisserie déchirée, canapé taché, cadres déplacés, bref on y comprend qu’on a manqué beaucoup de choses pendant que le décor nous était caché. Voici donc ce qui s’est passé durant la pièce…

Au début, des personnages entrent et semblent commencer la pièce. Un acteur, caché dans le public, crée soudainement une distraction en critiquant ce qu’ils font et évoque qu’ils n’interprètent pas ce qu’il veut. On peut rapidement se rendre compte que ce personnage est en fait le metteur en scène d’une pièce fictive que les acteurs répètent depuis plusieurs semaines. C’est leur dernière pratique, la générale, avant le grand soir et tous les acteurs se décident soudainement à donner leur opinion au metteur en scène pour changer des déplacements ou des paroles du spectacle, soit « Nothing On ». Il reste 24 heures et le metteur en scène est découragé du résultat du moment. Il y a plusieurs éléments amusants qui divertissent entièrement le public. Le spectateur pouvait vraiment se sentir comme s’il était un intrus dans cette générale. C’était la première partie du spectacle entier puisque cette pièce est séparée en trois parties qui sont simples et faciles à distinguer. Il y a tout d’abord la répétition générale de la pièce, la vue des coulisses de la première représentation publique alors que le décor change de côté et, finalement, la vraie pièce au complet, ou enfin ce qu’elle devrait donner, devant le public. Cela commence avec des petits problèmes, mais plus le spectacle avance et plus le tout devient une pagaille, un désastre. Donc, avec cette deuxième partie, en coulisses, tout va mal ; il y a des problèmes de couple avec la vie extérieure des acteurs, la perte d’un verre de contact, la perte d’une actrice durant un moment du show, un vieillard qui oublie ses quelques deux ou trois lignes dans la pièce parce qu’il n’arrête pas de boire de l’alcool, bref tout va mal et le rire est toujours présent dans le public, qui éclatent littéralement de rire à tout bout de champ devant l’absurdité de ce qui se produit sous ses yeux. Même si le texte se répète à plusieurs reprises, il y a plusieurs ajouts qui sont indispensables, multipliant les problèmes et actions hilarantes qui se produisent. Aussi, à plusieurs reprises dans l’acte des coulisses, deux acteurs, étant régisseurs, disent dans un micro combien de temps il reste avant que la « véritable » représentation ne commence. Le problème est que les mêmes nombres de temps se répétaient ; les régisseurs ne se parlaient pas et ignoraient que le message avait déjà été communiqué par leur collègue, et vice versa, ce qui faisait que le metteur en scène venait en panique dans les coulisses rempli d’incompréhension. Quand le décor est revenu au point de départ, tout s’écroulait, la pièce était terrible. Les acteurs essayaient tant bien que mal de sauver la pièce, mais rien n’était possible. Tant et si bien que l’une des actrices continuait quand même son texte, ce qui rendait plus difficile pour le rattrapage. Le téléphone se brise, les sardines se sont perdues en chemin, les déplacements étaient mal calculés, bref un magnifique chaos. En résumé, la pièce est un désastre, mais les spectateurs ont ri tout au long. Nous pouvons l’affirmer, Noises off est un vrai succès des plus paradoxaux.

Le thème du rire dans le désastre est très bien représenté dans cette pièce. Le but est de relaxer le public et qu’il se sente léger. Avec tous les problèmes qui sont présentés, cela fait réfléchir…il y a tant de situations plus dures et malheureuses dans le monde que la leur ! La pièce « Noises off » n’était rien de compliquée et rien d’extravagant à accomplir : il ne s’agissait que de claquer à de multiples reprises (360 fois) les portes et crier à tout bout de champ (228 fois) le mot «sardine» et le tour était pratiquement joué. Pourtant, malgré cette simplicité quasi frustrante, quoiqu’absurde, les comédiens sont arrivés à en faire un total fiasco-succès ! Mise en parallèle avec notre monde d’aujourd’hui, cette pièce fait paradoxalement réfléchir. Il est simple de faire de notre monde un endroit simple et facile à vivre pour tous, mais on n’en est pourtant pas capable. C’est bien plus facile de démolir ce qu’on possède, de ne pas l’apprécier et de laisser les bonnes intentions être déchirer en lambeaux sur la place publique que de construire un monde plus serein. Avec tous les attentats et autres événements cruels qui sont arrivés cette année, n’est-il pas éloquent de dire que cette pièce témoigne de toute l’absurdité dont on puisse être capable en ce monde  alors que le monde semble s’écrouler ?

Au final, le titre du spectacle représente entièrement le sens du texte et le message véhiculé dans cette pièce. Noises Off, en français signifie « sans bruits » est, selon nous, une représentation inverse de ce que les scènes nous montrent. Tout au long, il y a des acteurs qui coupent les phrases des autres, des portes qui claquent, des cris stridents et tout le monde, qu’ils soient spectateurs ou personnage, veut que les bruits cessent, s’arrêtent et se figent complètement. Le titre est vraiment représentatif du sentiment et de la tension qui montent avec les erreurs produites durant la représentation complète. Le mot « Black-out » est souvent dit par les acteurs pour montrer qu’ils veulent tout arrêter et juste partir de ce beau désastre. Mais, heureusement pour nous, le désastre est jouissif !

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