Catégorie | Critique, Culture

La Jeune Fille : un modèle à suivre ?

 
Raphaëlle Morin et Élizabeth Robitaille Étudiantes en Théâtre À propos de l'auteur:
Raphaëlle Morin et Élizabeth Robitaille
Étudiantes en Théâtre

Pièce de théâtre

 Manifeste d’une Jeune Fille 

Une production de l’Espace Go

Mise en scène et auteur : Olivier Choinière

Assistance à la mise en scène : Stéphanie Capistran-Lalonde

Acteurs : Marc Beaupré, Stéphane Crête, Maude Guérin, Emmanuelle Lussier-Martinez, Joanie Martel, Monique Miller et Gilles Renaud

La salle dans L’Espace Go

L’Espace Go en collaboration avec L’Activité

Les 24 janvier au 18 février 2017 et une supplémentaire le dimanche 12 février 2017 à 16 h

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L’Espace Go est un théâtre prônant le féminisme et ayant pour mandat de soutenir un théâtre contemporain à l’image d’une société évolutive. Ce théâtre présente des pièces féministes et parle de leurs enjeux actuels. L’Espace Go ose expérimenter de nouvelles avenues et, selon « La direction artistique, on y propose des écritures singulières d’ici et de l’étranger, des textes forts, des paroles qui s’expriment à travers des univers insolites ou inaccoutumés. » (Site de l’Espace Go). Sa programmation se veut franche et directe laissant place à une véritable liberté d’expression pour les auteurs qui y présentent leurs créations. Aussi, Il y n’a une seule salle de spectacle qui se résume a pas moins de 320 sièges.

L’Espace Go collabore souvent avec des compagnies indépendantes comme l’Activité (tribune de l’auteur/ metteur en scène Olivier Choinière), un organisme à but non-lucratif ayant comme mandat de venir bousculer son spectateur qu’il osera même appeler « spect-ACTEURS », parce qu’il aime intégrer totalement le public dans leurs créations. Notamment, dans le Manifeste de la Jeune-Fille, nous sentions un lien particulier avec les acteurs puisqu’ils s’adressaient à nous tout au long de la pièce. Leur but étant de surprendre et déranger son public le sortant totalement de sa zone de confort.

L’Espace Go est un centre de création ouvert aux artistes ayant l’idée d’une métamorphose théâtrale. La directrice Ginette Noiseux souhaite pour sa salle d’être une porte d’entrée au théâtre contemporain. Depuis sa création, le théâtre garde son héritage féministe qui se traduit dans maintes créations qui y sont présentées chaque année comme notamment le Manifeste de la Jeune-Fille. Donc, l’Espace Go offre une ouverture pour un théâtre d’idée aux tendances féministes. De plus, le théâtre commence à mettre des graffitis à l’extérieur et l’intérieur de l’établissement pour permettre aux artistes de s’exprimer. Pour ce qui est de l’Activité, les spectacles qu’ils présentent intègrent parfaitement les notions de théâtre à texte, écriture scénique, théâtre musical, déambulation sonore, préoccupations féministes.

Ce que nous avons vu dans le Manifeste de la Jeune-Fille, c’est un théâtre très actuel qui nous a confronté à une réalité, un peu de la même manière qu’Artaud le fit à son époque. Nos nerfs étaient à vifs et plusieurs langages scéniques étaient exploités dans le but de nous transmettre des idées. Nous étions submergées par cette « sonorité intense » et ses changements d’éclairage, de décors, de costumes. Tous étaient tellement rapides et ne nous laissaient visuellement aucun repos. D’ailleurs, même les acteurs nous interpellaient constamment.

Quand nous sommes entrées dans la salle de l’Espace Go, les rideaux étaient ouverts sur une scène très vastes remplis d’objet qu’on retrouverait dans une penderie géante. Il y a donc énormément d’objets sur la scène. Il y a des porte-vêtements rond aux quatre coins de la scène. Ceux-ci sont remplis de vêtements, ils donnent l’impression que la pièce sera centrée sur la mode ou du moins sur ce qu’elle peut représenter pour l’homme ou la femme particulièrement. Au fond de la scène, il y a un mécanisme du style de portes qui tournent pour entrer dans une boutique. Chaque compartiment contient des étagères avec des mannequins de plastique avec des accessoires à l’intérieur variant selon les besoins de la scène.  Aussi, le décor est beau à regarder, de chaque côté il y a quatre sorties pour les coulisses ornés de guirlandes fait en similis diamants. La scène est noire, le mur du fond est fait de fils argentés et, au plafond, il y a deux carrousels vidéo sur lesquels défileront des messages. En plus, la scène est agrémentée de podium où défileront les sept « Jeune-Fille » comme si la pièce elle-même était un défilé de mode. Durant le spectacle plusieurs objets défilent sur les étagères qui changent régulièrement. Les portes tournantes serviront notamment d’entrées aux acteurs lorsqu’ils se changent. Plus le temps file et moins il y a de vêtements accrochés puisque les acteurs se changent sans arrêt. Les vêtements se retrouvent alors un peu à l’abandon sur cette grande scène comme si les personnages laissaient tomber une à une les couches superficielles dont la société les encombre continuellement. Les personnages ne semblent jamais véritablement confortables avec ce qui les couvrent d’une certaine manière.

Le Manifeste de la Jeune-Fille est très particulier. Dès le départ, nous sommes plongées dans un univers théâtrale totalement hors du commun ; les acteurs suivent une chorégraphie répétitive durant deux heures littéralement. Elle sera marquée de trois grandes parties avec des sujets différents dont l’une étant l’idéal de la Jeune-Fille « magazines », l’autre de la Jeune-Fille « en état de guerre » et de « manifestation » et la dernière en Jeune-Fille « terroriste » . Bref, tout commence par les sept acteurs qui s’avancent l’un après l’autre en s’adressant au public leur demandant des questions du genre : « Ça va ? » et un autre acteur poursuit alors, à une autre place sur la scène, « Super bien ! » et les sept prennent la place du précédant jusqu’à ce que le dernier acteur sorte de la porte tournante au fond de la scène. Par la suite, on assistera toujours à la même forme de chorégraphie ponctuée d’une montée dramatique de plus en plus intense au fil des répétitions. Un type de « Jeune-Fille » sera ciblée par segment. Au début, elle se fera questionner à savoir à quel point elle est heureuse par rapport à sa sexualité et aux gens qui l’entourent et de fil en aiguille, la jeune fille ne saura plus quoi répondre car, aucune des réponses préétablies par la société dans laquelle nous vivons, ne conviendra aux autres jeunes-filles sur la scène. Celles-ci, un peu fâchées, lui donneront un choix de réponses de a) à d) auxquelles la jeune fille devra répondre jusqu’à temps qu’elle réalise le non-sens de tout ça et s’emporte sur la scène détruisant tout le discours entouré de velours qu’elle prononçait au tout début lors de son entrée, réalisant l’absurdité de son raisonnement très peu réaliste sur la vie. Alors, dans un état d’hystérie portant sur plusieurs sujets comme le viol, les manifestations, le gouvernement, le terrorisme et la famille « modèle », la pièce se poursuivra jusqu’à l’apothéose du spectacle ou tous les comédiens viennent s’asseoir avec le public, nous interpellant directement par rapport à notre point de vue sur le théâtre en général, mais aussi la pièce qui vient de nous être présentée. Par ailleurs, outre le schéma de répétition élaboré dans la mise en scène, nous avions sans arrêt la projection de message ridicule comme « Faire l’amour, ça fait maigrir » et aussi quelques publicités qui défilait pour nous vendre des produits inutiles. Les écrans de projection étaient une partie dominante de l’expérience visuelle de cette création. Ils ont été utilisés pour les messages ridicules, mais aussi pour nous montrer des archives de l’histoire du monde d’aujourd’hui comme les guerres, les attentats terroristes, mais aussi les manifestations étudiantes dans les rues de Montréal en 2012. Les costumes, étant très élaborés et « explosifs », nous plongeaient dans un monde lourd et stressant à la fois. Il y avait énormément de costumes les premiers étaient à la mode style haute couture, un autre étaient plus mère de famille classique, un autre voyageur avec sac-à-dos et un autre plus terroriste avec des faux AK47.

Le personnage de La Jeune Fille, c’est un modèle qu’on désire suivre. Comme une publicité peut faire l’envie de ceux qui l’écoutent, la Jeune-Fille représente le rêve commercial. « On consomme pour être désirable. » La Jeune-Fille est un objet de convoitise tant pour l’homme que la femme. Nous suivons tellement la mode et le style de vie qu’on nous présente comme étant le seul et unique parcours respectable alors qu’il s’agit de beaucoup plus. La pièce met en évidence le fait que toutes les actions que nous posons de nos jours sont faites en fonction de ce que les autres pensent et particulièrement ce qu’ils attendent de nous. Ça nous a particulièrement interpellé parce que sans le vouloir nous sommes tous un peu des jeunes filles dans la société, nous voulons tous être « parfaits »[1]  et c’est là le vrai enjeu de la pièce : pourquoi se centrer sur notre nombril quand il y a tant de chose autour de nous qui méritent plus d’attention que notre voisin d’en face et de sa nouvelle voiture ? Bref, le monde d’aujourd’hui étant tellement hypocrite qu’on pourrait dire qu’il change autant de vêtements que la Jeune-Fille dans la pièce dans la seule quête d’être acceptée par son entourage aux grandes œillères. La pièce fait partie d’un registre audacieux, surtout qu’elle est présentée dans un théâtre de l’audace. Là-bas, on met le public directement en face de ses véritables problèmes.

Olivier Choinière (auteur et metteur en scène de l’œuvre) a eu l’inspiration pour le titre grâce à un ouvrage philosophique : « Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille », publié en 2001 à Paris chez Mille et une nuits. Cet ouvrage l’a d’ailleurs énormément marqué et l’a inspiré lors de la conception de son œuvre. Le mot « manifeste » a été choisi car le texte manifeste simplement « les façons d’être heureux dans un monde ou les apparences sont reines ». C’est avec l’aide de sept personnages qu’on réussit à déconstruire cette fameuse Jeune-Fille.

Pour notre part, la pièce a été lourde à regarder. Nous vivons beaucoup de stress en général, or cette pièce ouvre impunément nos plaies si fraichement cicatrisées. Il y a tant de tension actuellement dans le monde que de nous les mettre en plein visage ne nous a pas particulièrement rassurées face à notre mode de vie assez semblable à cette Jeune Fille dont on parle. Nous sommes ressorties blessées par ses propos et marquées par cette œuvre dérangeante. Le spectacle nous plonge dans le désespoir et nous ramène au bonheur d’une minute à l’autre. Or, ces montagnes russes d’émotions nous ont donné des hauts le cœur après 1h de représentation ! Heureusement, le spectacle finit relativement bien lorsque les acteurs qui viennent nous rejoindre dans la salle, ce qui nous permet de ne pas sortir avec l’impression d’avoir raté notre vie en étant un modèle type d’au moins une des sept jeunes filles présentées. Bref, le manifeste d’une jeune fille est issu d’un théâtre contemporain qui n’a définitivement pas comme seul but de divertir, mais bien d’instruire et, donc, cette pièce reste un énorme succès à ce terme. Par contre, nous avons eu de la difficulté à comprendre le sens du féministe dans la pièce. Après avoir longuement réfléchies et fait des recherches nous avons compris le propos sans toutefois l’apprécier davantage.

 

 

[1] Selon des canons préétablis et conventionnels.

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