Catégorie | Critique, Culture

Encore une fois, si vous permettez : Un hommage émouvant

 
Annabelle Brière & Simon Lynch Étudiants en Cinéma À propos de l'auteur:
Annabelle Brière & Simon Lynch
Étudiants en Cinéma

Théâtre

Encore une fois, si vous permettez

Une pièce de théâtre de Michel Tremblay

Une production de la compagnie Jean Duceppe

Mise en scène : Michel Poirier

Genre scénique : Comédie dramatique

Décors : Olivier Landreville

Costumes : Mérédith Caron

Acteurs/Actrices : Guylaine Tremblay dans le rôle de Nana et Henri Chassé dans le rôle du narrateur et du fils

Salle André-Prévost à la polyvalente Saint-Jérôme par En Scène

Le 18 février 2017 à 20h00 (Durée approximative de 1h30 ainsi qu’une causerie)

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La pièce de théâtre, Encore une fois, si vous permettez, est présentée avec succès par le distributeur En Scène à la salle André-Prévost de Saint-Jérôme. Alors que plusieurs genres sont exploités comme le théâtre, l’humour et même la chanson, la présentation de cette pièce de théâtre remplit bien la mission du diffuseur qui est de « promouvoir et de développer l’ensemble des arts de la scène à l’échelle de Saint-Jérôme et au-delà des frontières régionales. » Mettant en vedette Guylaine Tremblay dans le rôle de Nana ainsi qu’Henri Chassé dans le rôle du narrateur/fils, ces artistes nous éblouissent dans cette pièce qui est signé par l’auteur à succès Michel Tremblay. Après la version musicale de Belles-sœurs en 2010 à laquelle Guylaine Tremblay participa : le metteur en scène Michel Poirier et la compagnie Jean Duceppe reviennent avec force avec une nouvelle version de la pièce avec ces acteurs. Michel Poirier nous présente un personnage inspirant que tout le monde connait. Celui d’une mère en relation avec son fils. Une relation entre une mère et son enfant que nous pouvons identifier comme la nôtre. Si la pièce se passe dans les années 1950 et qu’elle présente une mère au foyer qui s’occupe de ses enfants ainsi que de son mari, cette pièce, à la fois comique et dramatique, est tout à la fois moderne pour notre époque. Michel Tremblay rend hommage ‘’ Encore une fois’’ à sa mère comme à toutes ces femmes courageuses enfermées dans leur cuisine.

L’histoire se passe à Montréal dans les années 1950 à 1960 alors que nous voyageons avec Nana, une mère au foyer toute simple, mais pas ordinaire qui s’inquiète au sujet de l’avenir de son fils. Nous suivons pendant plus de 10 ans le parcours d’une mère qui se questionne sur des sujets différents avec son fils qui grandit au fil des allées et venues de sa mère. Ce fils, qui interprète aussi le narrateur, nous raconte les fameuses « anecdotes » racontées par une mère des plus imaginatives. Cette mère qui aurait aimé voir son petit « passer de l’autre côté », celui des artistes. Alors qu’ils ne sont que deux personnages sur la scène, celle-ci nous permet d’entrer dans l’univers d’une cuisine dans les années 50 avec le plancher à carreaux noirs et blancs ainsi qu’une ancienne table et deux chaises en place. Le tout est surélevé par une autre scène comme si celle-ci reposait sur des livres en dessous. Nous pouvons penser que ce sont les livres qui soutiennent la deuxième scène sur la première et cela peut nous laisser présager que ces livres ont beaucoup d’importance dans l’histoire et, en effet, même si Nana ne sort pas beaucoup, elle lit énormément et elle s’évade ainsi. Cette forme scénique ne change presque pas durant tout le long de la pièce alors qu’il y a seulement les chaises de la cuisine qui bougent selon les mouvements des personnages. Cette absence de changement de décor apporte une sorte de stabilité. Nous sommes toujours conscients que nous sommes dans la même cuisine malgré les allers-retours de Nana et le temps qui passe. Chaque va et vient fait avancer la pièce alors que des années passent à chaque fois. Il n’y a qu’à la toute fin que la forme scénique change pour laisser place à un décor « magnifié ». Alors que la table et les chaises ne sont plus là, la scène est libérée pour laisser entrevoir une magnifique toile de Michel Tremblay lui-même comme fond de décor. Une toile qui représente un lac avec une terre à l’autre bout. Avec cette somptueuse toile, un magnifique soleil apparaît en se dépliant et Nana vient se placer devant alors que de la fumée sort du sol et qu’elle « s’envole » dans les airs. Dans les nuages. Cette manière d’interpréter la mort vient de son fils, qui veut lui montrer qu’il a réussi dans la vie et qu’elle peut connaître ce qu’une scène. Qu’est-ce que ça fait être de l’autre côté. Celui des artistes. Cette façon est à la fois naïve et touchante comme l’a été la vie de Nana.

Cette pièce, largement autobiographique de Michel Tremblay, vient rendre hommage aux personnes à qui nous n’avons pas eu le temps de dire ce que nous pensons avant la fin. Émouvante et drôle à la fois, le personnage de Nana nous questionne sur des points dont nous n’avons jamais pris la peine de nous questionner. La logique du déroulement des scènes est très bien mise en évidence puisqu’elles montrent des évènements qui se passent aux fils des années dans la vie du jeune homme et de sa mère. Les anecdotes et la relation entre la mère et son fils pourraient être facilement notre propre situation aujourd’hui. Par exemple, lorsque le jeune garçon agit comme ses amis et qu’il lance un morceau de glace sur un auto, Nana le réprimande. Elle lui dit ce que toute mère pourrait facilement dire de nos jours : « si un de tes amis se lance en bas d’un pont, vas-tu faire pareil comme lui ? » Une phrase clé que nous avons tous déjà entendu par nos parents. Même l’exagération de la mère, qui pense que son fils est mort lorsque le policier se présente à la porte pour lui annoncer le mauvais coup de celui-ci, vient nous montrer qu’elle réagit exactement comme notre propre mère pourrait réagir. Nous pouvons nous reconnaître dans cette histoire malgré les nombreuses années qui séparent cet époque de la nôtre. Même si cette femme représente la mère de Michel Tremblay, nous pouvons reconnaître plusieurs femmes en une. Ces mères que nous aimons même si « elles peuvent nous tomber sur les nerfs, qui sont de mauvaise foi, mais qui sont toujours là à la fin. »  Guylaine Tremblay joue merveilleusement son rôle qui est au départ un grand défi étant donné que, dans la version précédente, la grande actrice Rita Lafontaine jouait ce rôle. Malgré ce défi, madame Tremblay réussi avec beaucoup d’assurance à transmettre l’amour qui se dégage dans cette relation. Henri Chassé joue aussi parfaitement son rôle en restant neutre dans ses interprétations. Le thème de la mort, celui d’avoir peur de décevoir l’autre et même de représenter la mère comme étant une source d’inspiration sont présent dans cette pièce et ils sont très d’actualité aujourd’hui. Ces thèmes nous interpellent tous dans un moment de notre vie et même si cette pièce est présentée dans une époque différente qui est importante à notre culture générale, elle est encore d’actualité.

Le titre du spectacle signifie beaucoup pour le raconteur. Michel Tremblay se permet de nous raconter « encore une fois » ces anecdotes avec sa mère et de pouvoir, sur scène, lui montrer ce qu’il n’a jamais été capable de lui montrer en vrai puisqu’il n’a pas eu le temps de le faire avant la mort de sa mère. Il se permet de se remémorer des souvenirs et de montrer à sa mère ce que c’est un public et le fait de voir une scène. Celle-ci voulait tant le voir de l’autre côté. C’est comme si Michel Tremblay offrait un cadeau à sa mère en écrivant cette pièce qui est si touchante. Encore une fois, si vous permettez est une pièce à revoir encore et encore pour la gamme d’émotions qu’elle nous fait vivre en si peu de temps. Encore une fois, si vous permettez, nous présente une femme d’exception que nous devrions tous avoir la chance de côtoyer dans notre vie.

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