Catégorie | Culture

De sources virtuelle, mais l’envoûtement est bien réel

 
Arnaud Le Blanc Étudiant en Journalisme À propos de l'auteur:
Arnaud Le Blanc
Étudiant en Journalisme

Musique

Orchestre philarmonique des jeux vidéo

Chef d’orchestre : Jonathan Dagenais.

Accompagné de ses 67 musiciens.

Une production originale de l’orchestre des jeux vidéo.

Représentation unique le Samedi 4 février, à la maison symphonique.

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La maison symphonique de Montréal est un lieu parfait pour des orchestres magiques, des prouesses instrumentales remarquables et la présentation de musique classique à son meilleur. Mais au-delà de son répertoire classique exceptionnel, la maison symphonique offre de plus en plus l’espace à des orchestres nouveau genre, ou à du contenu différent. Et oh mon dieu que je leur en suis reconnaissant d’agir ainsi, parce que jamais je n’aurais découvert l’orchestre des jeux vidéo, l’OJV. Cet orchestre de 62 musiciens, mené par Jonathan Dagenais, a pour mission de faire connaître les chefs-d’œuvre du monde musical des jeux vidéo. Une mission qui rejoint aussi bien celle de la maison symphonique, c’est-à-dire promouvoir autant la musique classique que le jazz, car la musique de jeux vidéo s’abreuve constamment aux racines de la musique orchestral. Le résultat exaltant, et ce spectacle est à découvrir absolument.

C’est dans une atmosphère survoltée que les quelques 2100 personnes arrivèrent à la Place des arts le soir du 4 février. Le spectacle « Évolutions » de l’OJV était offert en admission générale, alors ça grouillait de partout en entrant dans la maison symphonique, créant un beau chaos, qui jurait étonnamment bien avec l’ambiance généralement calme de la maison symphonique.

Dès que les lumières furent éteintes, on a pu voir l’entrée en scène des 62 musiciens, tous vêtus de noir classique, accompagnés de leur chef, Jonathan Dagenais. Celui-ci s’est ensuite servi de sa tribune pour effectuer un court monologue, étonnamment drôle en plus, qui portait principalement sur l’industrie des jeux vidéo et ses défauts. C’est ce qui faisait la magie du spectacle dès le départ, c’était l’esprit de camaraderie qui régnait dans la salle. Des gens déguisés en personnages de jeux populaires, des blagues en présentation, le tout couronné par un orchestre qui semblait vraiment avoir du plaisir. Tout ça donnait une appréhension nouvelle à la musique, une espèce de démocratisation commune de ce genre musical. Après la courte introduction, apparition de Mathieu Dugal, animateur de l’émission La sphère à Radio-Canada, et aussi animateur du spectacle. Animateur est un gros mot pour être honnête, il ne faisait que les ponts entre les différents segments du spectacle. Ces interventions étaient bien dosées, comiques sans être clichées, et il mettait vraiment l’emphase sur les musiciens, ce qui était l’essentiel selon moi. Lorsque le spectacle a enfin commencé, c’est sur le bout de nos sièges que nous étions lors de l’interprétation sans faute de l’ouverture de Super smash bros Melee. Qui dit ouverture dit entrée remarquée, et bien c’était totalement le cas ici. Après le morceau, des rugissements de la foule qui en redemandait, donnait à la maison symphonique des airs de show rock pendant un instant. Après l’ouverture, on a eu droit à un medley de Donkey Kong, super Mario Bros 3, chrono trigger et, pour conclure avant l’entracte, The legend of Zelda. Un des points forts de ce spectacle était justement le choix des pièces. Oui on a ressenti la prédominance des compositeurs japonais (Koji Kondo notamment), mais en même temps c’est normal étant donné la notoriété de ceux-ci.

Mais, le medley Chrono Trigger était aussi à point, offrant un petit aperçu des compositeurs américains. Pour ce qui est des arrangements musicaux : chapeau aux arrangeurs ! la plupart étant des musiciens de l’orchestre. Ceux-ci n’ont pas choisi la simplicité, car ils ont exploité des thèmes très différents à l’intérieur d’un même jeu. Cela donnait un dynamisme fou aux morceaux musicaux et on en voulait encore. Juste avant l’entracte, l’orchestre a terminé avec une ballade de Zelda qui donnait des frissons. Les douces notes de la pianiste Louise Francoeur résonnaient dans une salle silencieuse, accrochée à un orchestre en plein contrôle de son art. Ensuite, entracte, pour seulement revenir plus fort avec les medleys Pokemon, Starcraft, Undertale, et plus encore. Encore une fois, l’exploration de ces jeux s’est faite en douceur, par une douce mélodie de Pokemon, mais aussi en force, avec Starcraft, où les puissantes notes du jeu d’action ont fait battre nos cœurs à haute vitesse.

Le programme terminé, la foule donna une dernière ovation debout, qui dura de longues minutes, avant que l’orchestre et son chef ne donnent le rappel le plus magnifique que j’ai eu de ma vie, avec l’interprétation du thème de Skyrim. L’OJV m’avait déjà conquis, ça c’était clair, mais de voir ces deux musiciennes échanger leurs instruments contre leur voix fut une surprise qui a jeté tout le monde par terre. C’était magique, ces voix d’anges qui étaient comme une brise chaude sur la foule bouche bée. L’émotion était palpable quand la dernière note du thème de Skyrim s’est perdue dans l’écho.

Et voilà. C’était le point final sur un spectacle grandiose où chaque moment a été plus fascinant les uns que les autres. Mais le plus beau dans tout ça, c’est que tout le monde, venus d’horizons différents en ce haut lieu de la culture musicale, se rejoignait. Dans un monde divisé par les têtes dirigeantes, ce lieu semble avoir transgressé cette tendance maudite. Vieux, jeune, gamer, sportif, homosexuel, juif. Il n’y avait pas de ça ce soir, seulement des amants de la musique, des mordus du média qu’est le jeu vidéo et, honnêtement, ça faisait du bien. On sentait la camaraderie, émotion qu’on doit chérir dans un monde où on oublie trop souvent de se retrouver en communauté.

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