Catégorie | Culture

À Propos de J’accuse

 
Patricia Charbonneau et Alexanne Lapointe Étudiantes en Journalisme À propos de l'auteur:
Patricia Charbonneau et Alexanne Lapointe
Étudiantes en Journalisme

Titre de l’œuvre : J’accuse

Genre scénique : Pièce de théâtre

Références : Écrite par Annick Lefebvre, mise en scène par Sylvain Bélanger, éclairée par Erwann Bernard et sonorisée par Larsen Lupin. Les costumes des actrices sont choisis par Marc Senécal et leur coiffure et maquillage fait par Sylvie Rolland-Provost.

Actrices : Léane Labrèche-Dor, Debbie Lynch-White, Catherine Paquin-Béchard, Alice Pascual et Catherine Trudeau.

Présentée à la salle principale du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

La pièce J’accuse est produite et diffusée par le Théâtre d’Aujourd’hui.

Date de la représentation : 9 février 2017

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Jeudi le 9 février dernier, nous sommes allées voir la pièce de théâtre J’accuse, écrite par Annick Lefebvre, au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. Une œuvre intelligente, frappante, qui suscite plusieurs questions et qui pousse à la réflexion de la place des femmes dans la société. Ainsi, nous assistons à cinq discours de femmes différentes aux prises avec un mal-être dans leur vie. Paroles choquantes québécoises en ce théâtre qui est voué aux œuvres d’ici. Tout d’abord, le décor sur scène est tout simple, presque inachevé. En arrière-plan, le mur est en gyproc et cela nous donne l’impression qu’on a monté le décor rapidement, comme si sa construction n’était pas terminée.

Pour le décor de la scène, en partant de la gauche, il y a une porte surélevée qui permet aux actrices d’observer leurs compagnes durant leurs interventions sur scène. Plus loin, il y a deux rangées de protecteurs de lumière qui se font face, permettant d’éclairer les deux côtés du personnage qui parle dans un micro avec un trépied installé au milieu de ces puissants éclairages. Ensuite, vers la droite, il y a un néon suspendu pour éclairer un personnage de haut en bas et met un ombrage dans son visage, ce qui donne un effet de scène d’enquête, comme si elle était en train de se faire accuser. Il y a aussi un rail fait en demi-lune qui permet à un trépied avec une caméra de se déplacer qui va filmer la personne qui parle et projetant son image en gros plan au mur derrière elle au même moment qu’elle parle. Il y a ensuite une chaise de bois et à côté, des escaliers qui descendent dans un sous-sol, d’où la majorité des actrices font leur entrée et leur sortie de scène. Ces actrices, qui entrent et qui sortent à tour de rôle, sont cinq femmes qui désirent en fait crier leur rage à travers un monologue assez cru sur leur perception de notre société actuelle.

Tout d’abord, la première femme à monter sur scène est vendeuse dans un magasin de bas de nylon et d’accessoires à la mode pour femmes. Cette femme, c’est celle qui encaisse toujours les commentaires condescendants de femmes ayant l’air hautain et qui se croient supérieures à elle. La deuxième femme est propriétaire d’une entreprise qu’elle a bâtie grâce à l’argent de son mari qu’elle trompe. C’est une femme forte, qui dirige une entreprise lors d’un contexte économique plus ou moins propice à la réussite, et qui dérange en quelque sorte, avec son succès. Elle accuse le fait de se faire critique quand tu as de l’ambition dans la vie. La troisième femme est une immigrante qui tente de s’intégrer dans notre société québécoise. Elle adore le Québec, et en manifeste son amour tout doucement au début de son monologue. Plus son texte évolue, plus elle s’affirme. C’est avec confiance qu’elle nous accuse enfin, québécois, de l’exclure en tant qu’immigrante. On « chiale » que les immigrants ne s’intègrent pas, alors qu’en fait, c’est nous qui ne voulons pas qu’ils s’intègrent. Elle nous met sous le nez plusieurs jugements que nous avons envers eux et nous démontre que la majorité des « Québécois de souches » ne connaissent même pas les grands classiques culturels. Puis, la quatrième femme entre sur scène. On constate, dès les premiers moments, que cette femme est très intense, colorée, passionnée et, à la limite, un peu dérangée mentalement. C’est une fan inconditionnelle d’Isabelle Boulay et représente en fait l’idolâtrie envers les personnalités connues. Ce personnage parle directement à l’auteure de la pièce, Annick Lefebvre, et est fâché contre elle parce qu’elle sent qu’elle fait rire d’elle parce qu’elle aime tant la chanteuse. La dernière femme à monter sur scène, c’est la fille qui aime trop et qui aime mal. Elle est clairement en peine extrême. Elle n’est pas bien du tout, elle pleure pendant son interprétation et on la voit en gros plan sur le mur en gyproc derrière elle. La caméra tourne autour d’elle et cela rend l’interprétation encore plus touchante. Elle est en colère contre elle-même, elle se sent mal et raconte son histoire à travers ses amitiés ratées. Elle s’accuse elle-même d’être la personne aussi sensible qu’elle est.

L’œuvre dénonce plusieurs formes d’injustice dans notre société et chacune de ces femmes crie ses frustrations. Annick Lefebvre a trouvé le moyen que tous et chacun se reconnaissent dans sa pièce. Elle veut que l’on comprenne ces injustices que les femmes peuvent vivre au quotidien. Ces injustices, nous les vivons toutes à un moment ou à un autre, et c’est aussi NOUS qui les faisons vivre aux autres comme de juger trop vite et discriminer sans connaître l’histoire d’une personne. Lefebvre veut nous faire réfléchir et sème autant de doutes que de réflexions dans notre esprit. En sortant de la pièce, on repart avec la tête remplie davantage par des interrogations que par des réponses à nos questions.

Cette présentation est très d’actualité avec toute sa connotation féministe par sa vision des femmes et justement par le cri du cœur de toutes ces femmes vivant des injustices au quotidien. L’œuvre appelle au changement dans les jugements de tous et chacun.

 

En conclusion, la pièce J’accuse suscite énormément d’émotions dans le public autant que sur la scène. Tout au long de l’œuvre, les spectateurs ressentent de la colère, de la peine, de l’empathie et parfois de la joie dans les moments plus cocasses et drôles. Le titre J’accuse prend tout son sens puisque les femmes s’accusent elles-mêmes d’abord et nous accusent aussi de plusieurs maux de notre société. Bref, cette pièce très enrichissante jouée par des actrices solides nous a permis de nous ouvrir les yeux sur plusieurs sujets parfois tabous, lourds ou délicats.

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